A propos du JT de 13 h de TF1

 

D’habitude je regarde Arte, comme tout bon prof qui se respecte, les documentaires sur les Vikings, sur les Huns, sur les Mongols, et sans oublier Global Mag, présentée par une petite bobo bien pensante du Marais, grâce à laquelle on mesure les progrès de l’espèce, entre les précédents, affreux barbus sanguinaires aux dents carriées, homo erectus mordicus, et les actuelles créatures urbaines, féminisées, souriantes, calines, cunilingus. On ne se félicite jamais assez de la théorie de l’évolution. Dans le dernier film que j’ai vu, Restless, la jeune fille atteinte d’un cancer s’est prise de passion pour Darwin; elle s’émerveille de la prodigieuse nature qui l’entoure, et n’éprouve aucune inquiétude de la mort prochaine. « Moi, je n’y crois pas trop », m’a dit une professeur de maths, à qui vite fait j’ai raconté le film; mais ta croyance, on s’en fout, me suis-je murmuré discrètement; et puis, on la connait, ta croyance: c’est la confiance bien crasse des bobos dans leur pouvoir d’achat, et qui repoussent d’eux, tel un démon, tel un blasphème, tel un délit tout propos, même allusif, dilué dans l’image cinématographique, tout propos qui pourrait porter atteinte au caractère sacré de la Vie. Mais non. La vie n’est pas sacrée. Elle est triviale, hasardeuse, curieuse. Observons-là, comme Darwin, avec détachement et précision à la fois, détachement: pas de bla-bla hystérique et pleurnichard, pas de crispation autour des cercueils, pas de scènes d’adoration autour des berceaux, précision: petits croquis, notes, chroniques, journal. Compris ?

J’en viens à mon sujet. Un peu d’ordre s’impose. Même si, en vacances, le professeur peut se laisser un peu aller. Mais aller à quoi ? Mes buts sont modestes. Ce qui ne veut pas dire que la modestie ne soit pas sans grandeur. On y trouve, dans ses replis, des idées grandioses, des hypothèses lyriques, tout un « enchantement », comme dirait M. Hollande, oui, tout un enchantement insolite et hors de propos. Un rien, un petit oiseau sur le rebord de la fenêtre, ce qui n’est pas rien, si l’on se met à la place de l’oiseau ! peut provoquer dans l’esprit saturé de l’homo cunilingus comme un brusque courant d’air. M. Hollande, demain peut-être président de la République française, Hollande, un joli nom pour la France, nous annonce quelle sera notre vie enchantée, réenchantée: qu’il faudra nous contenter de rien ! La belle austérité écologique, enfin ! Je vois le tableau: nous serons des millions à nos fenêtres, à contempler l’herbe qui pousse, et les petits oiseaux qui passent. Quelques-uns, aux étages supérieurs, se jetteront à la longue dans le vide. Vertige. Mais moi, qui suis au rez-de-chaussée, je devrai apprendre l’art subtil de parler aux oiseaux. Ils m’apporteront un peu à manger, un petit ver par ci, un petit morceau de pain par-là, et j’étancherai ma soif en suçant, en léchant la pelouse couverte de rosée, ultimes activités résiduelles de l’homo cunilingus solitaire. 

En attendant cette perspective franciscaine, je regarde le JT de 13 h de TF1 présenté par Jacques Legros. Le présentateur vedette, Jean Pierre Pernaut, prépare l’interview du président Sarkozy; en tout cas, son almanach 2012 des régions est déjà en vente, ouvrage indispensable pour tout professeur de géographie. M. Brunet, qui m’écrivez parfois, je vous le recommande vivement !  Le JT s’ouvre sur la météo, la carte est très lisible, les symboles parfaitement explicites, TF1 pense aux personnes âgées, c’est bien la seule chaîne à le faire, d’ailleurs, quand les autres, Canal Plus en tête, rivalisent d’outrecuidance jeuniste et de messages publicitaires libidineux ! TF1 offre du répit et du repos, du temps de cerveau disponible, en effet. Un sommet européen extraordinairement important s’est tenu hier soir pour régler le problème des dettes. Un chroniqueur économique vient « expliquer » que les Bourses ont bien réagi (+ 4, 75 % pour le CAC 40 à mi-journée, cela s’appelle un « vif rebond »). Oui mais, veut tempérer Jacques Legros, qui va payer en fin de compte ? Personne, répond le chroniqueur. Ah ? Mais non, cher Jacques Legros, et c’est très simple, car cet argent injecté, réinjecté (car il était sorti le petit fugueur), quelques centaines de millions d’euros, bagatelle, bagatelle, il n’existe pas ! Mais non. C’est juste « un effet de levier », précise le chroniqueur. Un effet de levier, j’essaye de visualiser la chose. C’est pas un peu cochon cette affaire ? Du tout. L’effet de levier remonte à la plus haute Antiquité, pensez aux pyramides et aux temples. A l’époque de Louis XIV, Madame de Sévigné rappelle dans une lettre à sa fille l’admiration que lui inspire l’effet de levier. A quel sujet ? Entre mère et fille, il est des choses que les hommes ne doivent pas connaître. Bref, grâce à l’effet de levier, l’Union européenne est sauvée.

Sur Arte, on aurait sans doute réuni un aréopage d’économistes pour discuter de l’effet de levier, sur TF1, non, on se contente d’interroger Elie Cohen, dans sa bibliothèque, et tout de suite par sa bonne mine souriante, ce débonnaire économiste au regard espiègle nous rassure; puis on interroge des braves types dans un café parisien. Les gars sont un peu plus circonspects, ils ne doivent pas connaître l’effet de levier,  »c’est l’Europe, dit l’un d’eux, qui décide quand même de notre portefeuille », et c’est pourquoi, ajoute un autre, « il faut sauver l’Europe », cependant qu’un troisième, le regard plus méfiant encore, se dit déçu qu’on n’ait pas parlé de l’insécurité au sommet de Bruxelles, car l’insécurité progresse. Gros plan sur le regard méfiant. Retour à Jacques Legros, qui revient à la charge: mais la dette ? comment la réduire ? Une nouvelle TVA ? Images d’un petit restau: clients sceptiques, patron hostile. Supprimer les niches fiscales ? Là, tout le monde s’attendrait à des images de luxe sur la côte d’Azur, eh bien TF1 nous surprend: on va à Donges, près de Saint Nazaire, une commune située sur une zone industrielle dangereuse (raffinerie) qui bénéficiait jusqu’à peu d’un crédit d’impôt permettant aux modestes habitants de faire de petits travaux d’aménagement pour atténuer le bruit et la pollution, eh bien c’est une niche fiscale qui va être supprimée ! Une brave dame se plaint, avec ses 890 euros de retraite, qu’est-ce qu’elle va pouvoir faire maintenant ? Condamnée à rester dans sa modeste maison exposée aux torchères de la raffinerie. C’est ce qui s’appelle du journalisme paradoxal ! Les niches fiscales ne sont pas où vous croyez ! En les supprimant, vous pénalisez davantage les petites gens que les grosses fortunes.

Passé 13 h 15, le JT entre dans une série de  »reportages » régionaux destinés à nuancer l’impression d’une France qui va mal. On oublie les dettes. On va parler des chrysanthèmes, du côté d’Angers. Cette plante souffre de sa réputation de cimetière. Les ventes baissent. Les maraîchers et fleuristes s’efforcent pourtant de la promouvoir; nouvelles formes, nouvelles couleurs. Une cliente semble adhérer: elle n’achète plus les chrysanthèmes d’ancien régime, mais ceux (eh oui, chrysanthème est un nom masculin !) qui respirent comme un parfum de modernité, hélas, insuffisant pour embaumer d’allégresse les cimetières. Reportage suivant: les grandes marées du côté des Sables d’Olonne. Les promeneurs interrogés disent leur satisfaction: ah !  l’air frais ! la mer houleuse ! quel sentiment d’énergie et de puissance ! Jacques Legros en profite dans la foulée pour évoquer les inondations en Thaïlande: là-bas, c’est pas pareil, impuissance et fatalisme des autochtones interrogés. TF1 est redoutable: vous vous plaignez en France ? Allez donc voir ailleurs comment c’est ! Finalement, vaut encore mieux habiter Donges !  Non ? Je vous trouve un peu sévère. Reportage suivant: le camping à Wimereux près de Boulogne sur Mer; on interroge des enfants de la région parisienne (des petits Blancs, je précise), ils ont un air timide et frugal ces gamins, des têtes d’harcelés, tandis que leur maman apprécie de relâcher un peu la pression domestique, mais pas trop, on devine que l’ambiance reste sérieuse, disciplinée: on fait la vaisselle puis les devoirs. TF1 s’efforce de nuancer l’idée d’une jeunesse française débauchée, fainéante, violente, racketteuse. Reportage suivant: des séances de travail manuel, menuiserie, peinture sur faïence, proposées à des enfants de collège. Là aussi, du sérieux. « C’est pas du ludique où on barbouille n’importe comment » précise une décoratrice. On s’applique ! On interroge une petite fille, ça te plait ? oui. Et qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? « J’hésite encore, décoratrice sur faïence, ou prof de sport. » – Gageons que cette jeune créature trouvera sa voie quand elle aura notamment découvert l’effet levier.                            

     



A propos des nouveaux philosophes

 

Depuis que je suis éveillé à la conscience, j’entends parler des nouveaux philosophes; j’étais encore bien gamin quand j’ai vu Bernard-Henri Lévy chez Pivot, sa chemise blanche bien ouverte, la mèche baladeuse, et le verbe élégant, au service de son livre en tête des ventes, « L’idéologie française », le fascisme en l’occurrence, une vilaine et méchante histoire, une « bête immonde » selon le bel archange de la nouvelle philosophie. Je m’en rends mieux compte aujourd’hui: la télévision de mon adolescence était entièrement dominée par les soixante-huitards, toute une bande de bourgeois germano-pratins vaguement intellos et avides jouisseurs. Qu’on pense aux émissions de Michel Polac, « Droit de réponse », où j’ai découvert, peu de temps après BHL, Alain Finkielkraut affrontant Harlem Désir. Puis Michel Foucault est mort du SIDA et Canal Plus est arrivé sur les écrans avec son film de cul mensuel. D’après le journal Libération, la pornographie était une façon de lutter contre le fascisme et de défier l’esprit morbide d’une société gangrenée par le chômage, les MST et cette bonne vieille morale catholico-bourgeoise toujours revancharde et antisémite (l’esprit de l’Affaire Dreyfus). A la nouvelle philosophie libérale et conquérante, le romancier Philippe Sollers apportait sa contribution de touche à tout érotomane et casanovien. La belle Europe libertine contre la vertueuse et populiste Révolution française. Mal renseignés sur l’histoire en général et sur la deuxième guerre en particulier, les nouveaux philosophes renvoyaient dos à dos Vichy et Moscou, et se réjouissaient de voir s’effondrer le parti communiste, porteur selon eux d’une idéologie populiste, donc fasciste. La télévision se félicita bien sûr ouvertement de la chute du mur de Berlin et des régimes socialistes d’Europe de l’Est; Arte devint la chaîne de la nouvelle donne géopolitique, en adoptant un style très sobre et très sombre; fin d’une certaine époque de verve improvisée et de grivoiserie patriotique. Georges Marchais fut tristement évacué du « paysage audiovisuel » tandis que Jean Pierre Elkabbach continue d’y parader à l’heure où j’écris ces lignes.

Finkielkraut et les nouveaux philosophes ont redoublé d’activité et de présence médiatiques dans les années 90. On peut dire, sans exagérer, qu’ils exerçaient alors une pensée officielle, appelée également pensée unique de la part de quelques jaloux qui en réalité partageaient les mêmes valeurs et n’en éprouvaient que plus amèrement l’affront de ne pas jouir autant des avantages de la victoire. Même si la période mitterrandienne fut très prolixe en création de places confortables dans les ministères, les belles écoles chics de Paris et dans les médias, les nouveaux philosophes étaient trop nombreux pour s’y asseoir tous. En fait, les plus anciens des nouveaux s’efforçaient d’assurer leurs arrières, BHL, Finkielkraut et Glucksmann avaient désormais des préoccupations de pères de famille (voire de tribus ?); Sollers, quant à lui, voyant décliner son activisme sexuel, se tournait vers Rome et le pape; après le priapisme, le papisme.

En quoi consiste la nouvelle philosophie ? Elle est avant tout une critique de la nation, du peuple et de la démocratie; elle valorise au contraire l’internationalisme (le cosmopolitisme) et les institutions bourgeoises qui s’opposent aux « barbares »; si BHL s’est plutôt spécialisé dans le reportage du monde global où les barbares sont des barbus fanatiques et explosifs, Finkielkraut, lui, reste sagement à son poste parisien (France-Culture, tous les samedis matins) et y dénonce les barbares de la banlieue, caïds, rappeurs, violeurs, etc. Mais cette nouvelle philosophie incarnée par de vieux messieurs (aux traits de plus en plus tirés) ne suscite plus l’admiration des années 90; BHL a été pris en flagrant délit d’imposture intellectuelle et d’ingérence dans les affaires de l’Etat; sa philosophie de milliardaire provoque le dédain des classes moyennes au pouvoir d’achat en berne. Finkielkraut se réfugie de plus en plus dans la « pure littérature » qui le détourne de ces questions de société happées par les médias grand public, où sa parole à la fois nerveuse et inquiète est étouffée par les rires saugrenus de jeunes cons incultes. La télévision de mon adolescence reflétait encore le bon niveau culturel de ces soixante-huitards élevés par l’Ecole de la République, on y parlait encore un peu de philosophie, celle d’aujourd’hui se vautre dans le divertissement, les sports et la gastronomie.

La nouvelle philosophie n’est donc presque plus audible et visible sur le petit écran. Je suis l’autre jour tombé sur une émission animée par Raphaël Enthoven, et qui s’adresse, me semble-t-il, aux lycéens passant le bac. Il y était question de la confiance: confiance en soi, confiance dans les autres, dialectique, etc. Le nouveau philosophe, Raphaël Enthoven, à peine 36 ans, mais au palmarès médiatique déjà riche (ex compagnon de Carla Bruni avec qui il a eu un fils, ex amant de Justine Lévy, fille de BHL), s’entretenait avec une charmante femme, Michela Marzano, tout en marchant dans une rue tranquille de Paris. Le beau Raphaël, regard sombre, joues creuses, parole suave, corps élancé, gracile, incarne une nouvelle philosophie romantique, moins tournée que la précédente vers les questions de société et de politique, davantage préoccupée au contraire de problématiques personnelles et existentielles: suis-je heureux ? suis-je innocent ? comment parler de soi ? La présence à ses côtés d’une jeune femme très élégante ajoutait au questionnement philosophique du beau Raphaël une touche de suspense intime et confidentiel; avec la féminisation intellectuelle, on peut penser que la philosophie se dépolitise, pour s’orienter vers la morale, l’éthique, et la résolution personnelle de ces questions qui ont été sabotées ou corrompues par les réponses collectives mais partisanes du XXe siècle. Avec Raphaël Enthoven, la nouvelle philosophie cherche aussi à retrouver une sorte de virginité scolaire perdue ces vingt dernières années par les aventures médiatiques des BHL, Glucksmann et Finkielkraut (sans parler de celles d’un Sollers); et c’est pourquoi en interrogeant mes collègues de philo du lycée, j’ai pu me rendre compte que Raphaël Enthoven bénéficiait d’une estime que Michel Onfray n’a pas. Ce dernier, outre le fait de ne pas être agrégé, continue de s’intéresser à des questions politiques dans le cadre d’une « université populaire » qui, pour ses détracteurs, flirte avec une sorte de populisme pseudo-philosophique, qui déplait beaucoup à mes collègues. Raphaël Enthoven, en revanche, représente l’esprit scolaire haut de gamme, parisien, feutré, toute une tradition bourgeoise, et sa participation à l’université populaire de Michel Onfray a tourné court (les deux hommes doivent se détester, sans doute aussi pour une question de charme différent auprès des femmes). Enfin, la nouvelle philosophie de M. Enthoven n’a pas totalement rompu avec l’ambition universaliste, du moins cosmopolite de la précédente; et c’est ainsi que la promenade parisienne en compagnie de Michela Marzano s’est terminée sur cette remarque en forme de compliment: « Dieu merci, vous n’êtes pas française… »                                      

                             



A propos du Tour de France: bilan de l’édition 2011

 

    Au départ de Vendée, les observateurs et journalistes étaient méfiants. La présence de Contador, sous le coup d’une suspension pour dopage, contribuait au scepticisme voire au dédain d’une partie du public français pour le spectacle de la Grande Boucle. Le champion espagnol était sifflé dans les arènes du Puy du Fou lors de la présentation des coureurs. L’éditorial de L’Equipe, le 1er juillet, faisait la moue sur une épreuve devenue ennuyeuse et sclérosée par les calculs et tactiques. Libération mettait en doute la thèse officielle de la « propreté » des coureurs français, en dépit de leurs modestes résultats.

   Mais le charme opéra quand même. La télévision retransmit en intégralité la première étape à travers la quiétude ensoleillée des paysages littoraux vendéens. Soleil trompeur: des chutes animèrent la course, Contador retardé par l’une d’elles perdit plus d’une minute sur les autres favoris. Grisé par ce fait, le commentateur Thierry Adam retrouvait la « passion du direct » et renvoyait à d’autres moments sa capacité d’analyse. On l’attend toujours. A ses côtés, Jean Paul Ollivier assurait la mise en valeur touristique de la France en lisant quelques fiches, tandis que Gérard Holtz se mêlait au peuple du bord des routes, s’arrêtait dans un village, afin de recueillir les paroles simples et solides de fiers élus et de bons patriotes. 

    Le charme du Tour de France réside dans le spectacle d’un pays bien tranquille pris d’assaut par des journalistes flagorneurs, hypocrites, médisants, parisiens, et des centaines de voitures klaxonnantes. Spectacle affligeant par son irrespect écologique et par « l’aliénation » sociale et culturelle qu’il exerce sur des millions de téléspectateurs; redoutable confirmation des propos de Guy Debord. Spectacle cynique derrière ses apparences bucoliques. Le charme de la Grande Boucle est donc bien douteux et peu susceptible de plaire aux esprits carrés, rigoureux, aux partisans de l’éthique et des vertus républicaines. Le départ vendéen puis le passage en Bretagne font même resurgir la prose néo-mystique des adorateurs du Tour, telle que l’exprime Olivier Dazat dans les colonnes de L’Equipe: « On est dans une société qui tue toute forme de supériorité, qui s’applique à disqualifier le champion… C’est un vieux processus qui remonte à la Révolution française, fondé sur la profanation des rois… sur la destruction des valeurs sacrées… Il y avait un lien entre le ciel et l’humain dans ces images quasi évangéliques des coureurs d’autrefois, belles comme des vitraux avec Coppi et Bartali qui se passent un bidon, Merckx au Tourmalet devant un commissaire, bras écartés, dans la reproduction de la croix… » (2 juillet)

       Le mauvais temps règne sur la première semaine de l’épreuve, mais contribue à son charme; sous la pluie, ni la Bretagne ni la Normandie ne perdent de leurs valeurs touristiques, bien au contraire; et la télévision devient le passe-temps par défaut des vacanciers enfermés dans leurs camping-cars. Mais surtout, les chutes continuent sur les routes glissantes, et poussent à l’abandon des outsiders, comme l’Anglais Wiggins et le Belge Van den Broeck. Enfin survient l’accident de la folle voiture qui déboîte imprudemment et jette dans les barbelés le Hollandais Hoogerland. Le même jour le Français Voeckler s’empare du maillot jaune; coureur tonique, chaleureux, au visage rond et rieur, il devient l’idole du public national pendant la deuxième semaine; dans les premiers grands cols pyrénéens il résiste aux favoris et peu à peu se découvre des ambitions et du courage; les médias l’encensent, on le compare à Poulidor, on fait des sondages: peut-il gagner le Tour ? Contador semble émoussé, les frères Schleck ne se livrent pas, Evans observe. Voeckler apporte donc à la course une interrogation et un suspense qui font oublier l’ennuyeux statu quo des favoris. Mais voici les Alpes.

    Vers Pinerolo, Contador a lancé une première banderille, et Voeckler, à fond dans la descente pour revenir sur lui, rate un virage et se retrouve dans la petite cour d’une maison; frayeur sans gravité. Le lendemain Andy Schleck attaque dans l’Izoard, creuse l’écart et maintient deux minutes d’avance sur Evans au sommet du Galibier; Contador a été distancé dans les dernières rampes et Voeckler reste en jaune pour quinze secondes. Les médias et l’organisateur du Tour exultent: superbe étape ! On renoue avec le panache des champions d’antan, vont jusqu’à dire certains. Contador retrouve même grâce auprès du public; en ayant été dominé dans le Galibier, celui qu’on croyait imbattable dans les grandes ascensions devient donc un coureur « humain ». Et c’est pourquoi, écarté de la victoire finale, il attaque dès les premiers kilomètres dans la courte étape du lendemain qui mène à l’Alpe d’Huez. On escalade à nouveau le Galibier, pour commémorer le centième anniversaire de son premier passage; Voeckler est en difficulté dans l’ascension, derrière Contador et Andy Schleck. Mais Evans, comme la veille, mène la contre-attaque en roulant sans à coups, tout en puissance. Les favoris se regroupent avant d’attaquer l’Alpe d’Huez. Contador veut porter l’estocade. Mais son rythme est moins cinglant qu’à l’habitude. Sanchez et le surprenant Pierre Rolland, coéquipier de Voeckler, réussissent à revenir à sa hauteur; derrière, pas très loin, Evans et Andy Schleck se contrôlent. Dans le dernier kilomètre d’ascension, le jeune Français attaque les deux Espagnols et conserve quelques secondes d’avance pour l’emporter. Voeckler, épuisé par le Galibier, franchit la ligne plus de trois minutes après son coéquipier, et perd son maillot jaune au profit de Andy Schleck, qui devance Cadel Evans de 57 secondes au classement général.

    Ce faible écart constitue le clou du spectacle lors du contre-la-montre de Grenoble le lendemain. Mais très vite le champion australien montre sa supériorité dans cet exercice pour lequel il s’est minutieusement préparé. Andy Schleck a déjà perdu plus d’une minute à mi parcours; à l’arrivée ce sera 2 minutes 38. Cadel Evans endosse enfin le maillot jaune. A 34 ans il remporte son premier Tour. Champion discret, au visage rond et souriant, comme Voeckler, à l’inverse des faciès anguleux et sombres d’un Armstrong et d’un Contador, Evans couronne une édition réussie du Tour, populaire et médiatique. Seul bémol, constaté par de nombreux téléspectateurs: la médiocrité des commentaires de Thierry Adam et de Jean Paul Ollivier, le premier dans un genre nerveux et fatigant, le second dans un genre soporifique.

                               

                 



A propos des « territoires de proximité »

 

    Enseigner l’histoire n’est pas drôle; les questions abordées débouchent presque toutes sur des aveux d’échec ou d’impuissance, voire de méchanceté et de cruauté humaines; si au moins on se limitait à quelques personnages, à des empereurs romains, à des scènes de supplice, de massacre, ce pourrait être drôle par l’outrance et le voyeurisme; mais là, non, l’histoire moderne se veut « collective », on insiste sur les phénomènes de masse, on étudie une violence froide, technique, industrielle, »impersonnelle », à travers des témoignages d’individus-victimes qui ne font pas rire.  

    Après une semaine passée dans les tranchées, j’espérais donc un peu d’air frais en ouvrant le manuel de géographie. Mais il se mit à faire très chaud sur la Normandie, et j’attrapai une bronchite. Le soleil déclencha un fougueux mouvement de jupes courtes, de shorts, de décolletés et de bermudas. Je me retrouvai affaibli et la voix rocailleuse face à l’insolente légèreté des élèves. J’ouvris quand même le manuel devant des rangées de chemisiers entrouverts. 

    Le premier chapitre de géographie de 1ère est consacré aux « territoires de proximité », à l’environnement proche et vécu des élèves, à leurs connaissances géographiques du quotidien, et réciproquement. Ce choix de programme s’inscrit dans la logique pédagogique de ces vingt dernières années, où c’est l’élève qui est incité à construire son propre savoir d’une façon dynamique et agissante. Le but de l’école étant de former des citoyens impliqués et intégrés dans la société, de nombreux pédagogues en ont déduit qu’il fallait favoriser la méthode dite inductive, qui doit permettre aux élèves de s’exprimer sans avoir de connaissances préalables, et de découvrir le savoir en même temps que le professeur en une merveilleuse reconnaissance mutuelle. Dans la réalité cette méthode a trois conséquences: l’indifférence, le bavardage, l’ignorance. 

    Le géographe R. Knafou déplore le nouveau programme de géo: « Mais où est donc passée la France ? » se demande-t-il dans les colonnes du Monde (5 octobre, p. 20). Il déplore la disparition ou du moins la dispersion du niveau national derrière les régions et l’Europe; et il s’en prend lui aussi à l’idéologie pédagogiste de l’élève placé au centre du savoir: « En cédant… à la démagogie territoriale de la quotidienneté et de la proximité qui conduit à consacrer chaque individu comme centre du monde, les nouveaux programmes de 1ère illustrent cruellement l’impuissance de nos « experts » à penser cette version française de la démocratie que l’on appelle Républque », conclut le géographe. 

    Ce premier chapitre comporte en effet des défauts, du moins des inconvénients, mais pas celui que dénonce M. Knafou. La France n’est pas oubliée ni éludée des programmes; elle est présente, directement ou indirectement, dans plus de la moitié des chapitres. En histoire non plus, elle ne disparait pas, contrairement à ce qu’affirment certains professeurs, nostalgiques des « belles images de mon pays » (comme ce M. Casali, aux arguments assez médiocres, tels du moins que je les ai entendus lors de l’émission Répliques de M. Finkielkraut (24 septembre)). Evidemment, la France ne jouit plus comme en 1900 ou 1930 d’une personnalité scolaire quasi mythique ou poétique, mais elle résiste plutôt bien, dans les manuels et programmes d’histoire-géo, à la « mondialisation culturelle et idéologique »; on peut même être admiratif des habiletés dialecticiennes et « jésuitiques » des professeurs qui s’en chargent. Enfin, ne sous-estimons pas la capacité de tous les autres professeurs, qui appliquent ces programmes et utilisent ces manuels, à donner à la France la place qu’elle doit avoir à leurs yeux. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les professeurs d’histoire-géo ont été moins atteints que leurs collègues de Français et de langues étrangères (sans parler de ceux de SVT) par le gauchisme soixante-huitard et la culture (alter)mondialiste. Ils me semblent défendre bien au-dessus de la moyenne la noblesse d’une certaine tradition, et réciproquement. 

   Pour s’en tenir au premier chapitre de géographie, il se présente sous les traits statistiques et les couleurs publicitaires d’un éloge régional ou régionaliste; les manuels sont en tout cas encombrés de dossiers et documents extraits de sites officiels et de publications institutionnelles. Aucun point de vue critique. Pas même une ligne pour nuancer le bilan pourtant très discutable de la régionalisation. Pas un mot bien sûr des emprunts toxiques des collectivités territoriales, et de la gestion souvent très opaque des budgets communaux ou régionaux; emplois fictifs ? caisses noires ? délits d’initiés ? financement des partis politiques ? mafias ? Honni soit qui mal y pense ! Non. Le programme et les manuels présentent la région comme un monde merveilleux où tout est fait pour développer la formation, les transports  écologiques, les technopôles, les médiathèques, la rénovation urbaine, et l’ouverture européenne. Elèves, à vos crayons de couleurs ! Car dorénavant toute bonne leçon de géographie s’achève par un joli croquis où sont placées les villes, les voies de communication, les zones agricoles et les dynamiques spatiales de la région. Que retiennent les élèves ? Rien. Sinon qu’ils ont passé une heure bien agréable de coloriage et propice à certaines affinités: « Tu me prêtes ton rouge ? Mais oui, tiens ! Et tu veux mon bleu ? Vas-y, envoie ! » 

    Cette géographie positive et publicitaire s’inspire probablement de travaux et de publications d’experts (on appelle ainsi les géographes qui ont su éviter l’enseignement et se sont mis au service des autorités politiques), ainsi que de la formation délivrée à Science-Po et à l’ENA: une formation à forte teneur mensongère comme chacun sait. Cette géographie technique et jargonneuse aux prises avec la réalité comme se plaisent à le dire les fameux experts, on peut en voir depuis vingt ans les belles réalisations: nos zones commerciales, nos nouvelles résidences, nos nouveaux centres-villes, nos lignes de tramway, etc. Sans doute vexés de n’avoir pas reçu assez de reconnaissance (financière et symbolique) pour la transformation de nos paysages, les experts ont donc décidé de faire pression sur l’enseignement de la géographie. En consultant les manuels et le programme ils peuvent penser avoir obtenu gain de cause. Mais c’est sans compter avec le mauvais esprit de certains professeurs, qui ne manqueront pas de dévoiler la manoeuvre, d’écrire une chronique à ce propos, et de le faire savoir à leurs classes. Irréductibles Gaulois !                                                                  



A propos de la grève des professeurs

 

Je ne vous parlerai pas outre mesure des raisons de cette grève, sinon pour en signaler plusieurs niveaux: d’abord le niveau politique, alors que la France entre en période de campagne électorale; un certain nombre de grévistes (une forte majorité sans doute) a manifesté son opposition au pouvoir actuel, parfois en des termes crus et agressifs (comme ceux du militant de la FSU* en tête de cortège dans la petite ville où j’ai défilé). Ensuite le niveau syndicaliste, plutôt politisé à gauche en effet, mais avec de nombreuses nuances et ambiguités: gauche modérée, centriste, opportuniste, pragmatique, raisonnable, réformiste, humaniste, bien-pensante, disons la gauche des bobos, souvent très féminisée, très propre sur elle, et d’une culture politique ridicule (en termes de stratégie, d’organisation, de propagande), en somme une gauche très facile à enculer (et d’ailleurs elle aime ça !). Une autre gauche, plus austère, moins bourgeoise, plus prolétarienne, plus virile, plus martiale et donc plus nationale et plus jacobine se tient en retrait des bobos et des manifestations professorales qui l’exaspèrent par leurs minauderies et hypocrisies. Enfin le niveau professionnel et concret: celui des grévistes occasionnels mécontents de leurs conditions de travail et qui viennent se joindre allègrement et naïvement aux bien-pensants de la gauche bobo. 

FSU: Fédération Syndicale Unitaire (regroupe les bobos pédagos, avec quelques sections marginales prolo-alcoolo)

Je préfère vous parler plus longuement de ce que j’ai vu, entendu, senti. D’abord je me définis comme un gréviste occasionnel et paradoxal: je ne suis pas mécontent de mes conditions de travail et si je me joins souvent aux bobos par la force de la vie quotidienne, je n’en partage pas du tout les opinions, les naïvetés, les hypocrisies. Une assemblée générale des professeurs grévistes devait se dérouler à 9 heures dans la salle polyvalente de mon lycée. Elle avait été clairement annoncée et affichée. Une dizaine de professeurs étaient présents au rendez-vous, dont huit femmes. Le but de la rencontre tourna court, l’ambiance vira aux conversations privées, et toute l’attention fut portée sur la banderole réalisée par deux collègues féminines: « On parle anglais comme des vaches espagnoles (et vice-versa). Normal: on est 35 dans le troupeau. »

Ce tout petit nombre fut cause d’une désorganisation encore plus grande. Six personnes (dont moi) partirent d’un côté en direction du centre-ville, les quatre ou cinq autres se dispersèrent, certaines femmes ne voulant pas marcher montèrent dans une voiture. Il faisait pourtant un très beau temps. A l’approche du point de ralliement syndical une collègue me céda sa place pour porter une hampe de la banderole encore pliée. J’étais le seul homme du petit groupe. Mon imagination hésita: signe de dégradation vers l’impuissance ? ou au contraire marque de distinction prometteuse ? « Je sens une main plus virile » plaisanta l’autre porteuse, une collègue ravissante (mais difficile à ravir) et ironique, comme à son habitude. Mon imagination n’hésita plus, cependant qu’au lieu d’en éprouver de l’amertume, humeur très occidentale, je fus soudainement éclairé d’une joie toute orientale, considérant ma présence résiduelle dans ce petit groupe de femmes comme la grande question poétique de notre époque de transformation: suis-je le premier homme ? ou le dernier ?

Notre banderole se trouva être la seule non syndicale du rassemblement puis du cortège. Elle attira quelques photographes et caméras de presse. Soucieux de discrétion je cédai à temps ma place de porteur à une autre collègue, et je me fondis dans le nombre des manifestants. « On ne vous voit pas faire grève pendant les vacances » déclara un grand type qui croisa brusquement la tête du cortège et disparut dans une rue perpendiculaire. L’animateur de la « sono », un professeur de sports de la FSU, petit rablé, le genre pilier de rugby, enchaîna slogans, invectives et arguments d’une affligeante médiocrité politique; parfois sur des airs de chansons populaires connues mais peu reprises par les manifestants, qui préféraient poursuivre leurs petites conversations privées. Au bout d’une heure sous le soleil je quittai le cortège. Beaucoup d’autres, des hommes surtout, firent de même, j’aperçus mon collègue d’histoire-géo assis à une table de café. Les femmes portant la banderole du lycée allèrent jusqu’au but de la manifestation, la place de la Préfecture. 

Quelques collègues se sont félicités de la « victoire de la gauche » au Sénat; le Sénat ! Une assemblée de notables de province et de gros bourgeois parisiens ! Voyez Gérard Larcher, ventru à péter ! Un club républicain où il fait bon vivre comme l’a déclaré R. Badinter sur Canal Plus l’autre soir, en prenant un faciès de vieux satyre pour féliciter Chantal Jouanno, pourtant une adversaire politique; c’est dire que les divisions droite/gauche tombent assez vite quand la paye est bonne et que la table est excellente ! Débats feutrés. Une bonne bouteille nous attend. Récompense de tous ces méchants coups de vin qu’il a fallu boire pour être élu. Victoire de la gauche au Sénat ? Mais cela sonne comme l’aveu d’une trahison. La gauche officielle ne veut plus rien dire dans ce pays et n’a rien à dire aux Français. S’en contenteront les durs d’oreilles et les mous du cerveau. Elle n’a d’ailleurs tellement plus rien à dire à ses « concitoyens » qu’elle s’est empressée dans la foulée de sa victoire d’annoncer qu’elle accorderait très vite le droit de vote aux immigrés ! 

Tandis que satisfaits de leur petite promenade et du beau soleil les bobos sont gentiment rentrés chez eux.                          



A propos des Noces de Figaro

 

Dans le cadre du Septembre musical de l’Orne une représentation originale des Noces de Figaro était donnée samedi dernier au Haras du Pin; « une relecture moderne de l’opéra de Mozart » annonçait le journal Ouest-France. J’y étais. Parlons-en.

D’abord un peu de géographie: l’Orne est un département rural faiblement peuplé (292 000 hab. environ, densité de 48 hab/km2) situé en Basse-Normandie; il est à l’écart des petites métropoles (Caen, Le Mans, Rennes) et plus encore de l’aire parisienne; son enclavement explique sa dépopulation constante depuis plus de 150 ans, même si la décentralisation et la régionalisation lui ont permis ces dernières années de se doter d’aménagements autoroutiers vers Caen et Rouen qui le rattachent à son « identité normande ». L’Orne, précisément, veut jouer la carte du régionalisme et mettre en avant deux grandes spécialités mondialement connues de la Normandie: le cheval et le cidre. 

L’opéra de Mozart était donc représenté dans la salle du manège des haras du Pin, monument classé, « le Versailles du cheval », à une dizaine de kilomètres à l’Est d’Argentan, sur la route nationale qui mène à Dreux. Cette salle du manège n’a rien d’intéressant, aucun style, c’est un méchant bâtiment en béton où s’entraînent les chevaux. J’avais cru un instant, après avoir obtenu le billet de ma place, lors des derniers jours des vacances estivales, que l’opéra se tiendrait en plein air, devant la très belle résidence classée des haras (et de son administrateur national); je dus me rendre bien vite à l’évidence: au mois de septembre les pluies sont déjà fréquentes sur l’Orne et la température moyenne ne dépasse pas 15°. Même pour des chanteurs et musiciens venus du Nord de l’Europe, c’est injouable. 

Quelques mots de la troupe: le Barok Opera d’Amsterdam est un habitué du Septembre musical de l’Orne, c’est une petite formation de sept musiciens et de cinq chanteurs (3 hommes, 2 femmes), venus de pays différents…  »Baroque, on vous dit… » souligne le journaliste de Ouest-France, après avoir énuméré les origines nationales diverses des artistes. Soit. Je suis arrivé un peu en avance pour prendre la température (moins de 10° après 20 h) et me restaurer. Il n’y avait rien d’intéressant à manger.  »Il faut retourner sur Argentan » me dit le préposé au parking. Ah non. Je dus me contenter par conséquent d’une vulgaire pizza réchauffée dans un mini-four et servie dans un coin du hall d’accueil des haras. Maigre consolation: autour de moi, des personnes bien vêtues, d’un genre chic, anglo-parisien, firent de même, prenant place sur des chaises en plastique. C’est dans ces moments-là qu’il faut mobiliser toutes les ressources de l’élégance; rester digne et droit, ne pas tomber à la renverse, croquer délicatement sa pizza, se tamponner les lèvres avec une serviette en papier, en prenant un air satisfait, mélange d’ironie et de flegme. Souvent ce sont les femmes qui disent aux hommes comment se tenir, ne pas faire de tâches, montrer de la politesse; j’ai connu cette dépendance ou cette surveillance, il y a quelques années, mais à présent ma solitude m’oblige à une vigilance toute personnelle qui n’en est que plus ferme et peut prendre l’apparence d’une certaine austérité orgueilleuse; en vérité je suis très abordable.

Très vite, en entrant dans la salle du manège, je compris à quel genre de spectacle je devais m’attendre; en passant devant la scène, et son absence de décor, je pris l’attitude du type dont la voiture vient de tomber en panne et qui se demande ce qu’il va faire; je me retournai vers les tribunes d’un air découragé tandis que s’installaient les premiers spectateurs. Une fille voulut me vendre un programme. Et puis quoi encore ! Je fus placé vers l’extrême-droite, devinant tout de suite que ce n’était pas la meilleure place, tandis que les élus locaux, dont M. Beauvais, le président de la Région, étaient placés au premier rang et au centre; le tarif de 40 euros étant unique (sauf pour les précédents qui n’ont évidemment rien payé !), une bonne partie du public placée dans les tribunes excentrées avait toute raison de s’avouer mécontente. Mais de là à râler ouvertement… La moyenne d’âge du public était d’environ 55 ans (malgré quelques jeunes filles qui attirèrent furtivement mon attention assombrie), ce qui peut expliquer l’ambiance ramollie.

Le spectacle débuta à 21 h; dès les premiers chants, je déchantai; je compris que la petite troupe ne jouerait pas l’opéra en entier; Ouest-France parle d’une version « ébouriffante »": « quinze ans après leur mariage, Figaro et Suzanne invitent leurs amis pour revoir ce fameux jour en images ! Une soirée diapo pour leurs noces de cristal… »  En vérité il s’agit d’une astuce, que dis-je, d’une supercherie scénographique afin d’adapter l’opéra au petit nombre de chanteurs présents. De nombreux passages sont donc « zappés » y compris des airs célèbres comme le duo Suzanne/Marcelline du premier acte. Plus grave, que dis-je, gravissime à mes yeux et oreilles, Chérubin n’est pas là ! Des Noces de Figaro sans Chérubin ! Décidément les temps sont durs, la rigueur est en marche ! On apprend que le page a été tué au combat. Et hop ! Ils ne s’embêtent pas ces Hollandais baroques ! Pour faire passer la pilule, Figaro et Suzanne déclarent préférer le cidre au champagne; j’entends des « ah ! » dans le public. Pitié. Où suis-je ? Dans l’Orne, c’est vrai. 

Ouest-France précise: « La version hollandaise abordait même le côté philosophique du mariage… La traduction française n’en fera pas état. Cette version concise des Noces permet d’être abordable pour un public même néophyte. » Et on nous prend pour des cons en plus ! Concision en effet: au lieu de durer trois heures, la représentation des baroqueux bataves ne va durer qu’une heure trente, à peine. Sans Chérubin les plus belles scènes de l’opéra sont escamotées, celle du fauteuil, celle du cabinet, même si Suzanne et la Comtesse à tour de rôle chantent les airs du page; ce n’est pas pareil ! On est privé de toute la dimension frénétique et fantasque des Noces. Privé aussi de la dimension mystérieuse, et de l’air de Barbarina qui cherche son épingle. Que reste-t-il ? Une version « zapping » de l’opéra, une soirée diapo en effet, sans élan, sans folie, et même sans rythme ai-je envie de dire. Le décor est minable (40 euros la place pourtant !), les planches de la scène résonnent et couvrent un peu les chants. Je commence à avoir mal au cou. Le public applaudit modestement. A l’entracte je tombe sur un ancien collègue, professeur d’Allemand, en compagnie de son épouse, tous les deux très contents; ce qui ne m’étonne guère; un certain parti pris d’écologie germanique souffle sur cette version dépouillée voire dénudée des Noces; on regrette que la mise en scène ne soit pas allée au bout de ce parti pris: les chanteuses à poil ! 

Le dernier acte, correctement chanté (mais je ne suis pas un bon connaisseur du chant), est mal joué; Suzanne n’est pas fichue de donner des paires de claques à Figaro: il ne m’étonnerait pas qu’il y ait derrière ça encore une de ces lois à la con des pays nordiques, de ces lois qui restreignent la liberté gestuelle; Chérubin absent, les dernières scènes dans le jardin perdent beaucoup de leur farce (1), car c’est bien le page qui une fois de plus sème la confusion. Et puis, à cet instant de l’opéra j’avais compris depuis longtemps m’être fait avoir par un spectacle qui ne valait ni l’argent ni le déplacement. Je regardais ma montre. Allez abrège !  abrège ! Le public ne fit qu’un rappel, et encore, du bout des doigts. J’eus bien du mal à sortir du parking, les voitures ayant été rangées sans laisser assez de place pour manoeuvrer et surtout sans permettre à certaines dont la mienne d’accéder à la voie de sortie. Baroque on vous dit ! 

Résumons: ce fut un petit spectacle, donné dans un piètre décor, et sans force de mise en scène pour en atténuer la méchante impression; les chanteurs et les musiciens n’étaient pas mauvais, mais l’absence de Chérubin fut très préjudiciable; la choix des vêtements  m’a semblé un peu curieux: modernes pour le comte et Suzanne, anciens pour Figaro et la comtesse. Enfin, seule consolation, nous avons échappé aux commentaires philosophiques sur le mariage de la version hollandaise. Je ne vois pour ma part qu’une seule interprétation possible des Noces (à ne pas confondre avec la pièce de Beaumarchais): l’esprit de finesse des femmes opposé à l’esprit de rudesse des hommes, et entre les deux, l’impétuosité sensuelle de Chérubin.    

(1): les musicologues font en général une interprétation très sérieuse des Noces, et considèrent avec pénétration la musique mozartienne comme porteuse des pensées les plus profondes; l’idée de farce est rejetée avec dédain et même dégoût (c’est le cas de R. Stricker dans « Mozart et ses opéras ») et la place de Chérubin mal appréciée. Le petit page semble déranger les musicologues dans leur volonté de « penser » l’opéra.  Le bouillonnant trublion trouble leurs analyses sur la gravité et le doute qu’ils s’efforcent de déceler dans la musique mozartienne.        

                

                    



A propos des nouveaux programmes d’histoire-géo du lycée

 

Depuis que je suis professeur, une vingtaine d’années, j’entends parler de la crise de l’enseignement de l’histoire. Je n’y fais plus trop attention. Alain Decaux hier, Max Gallo aujourd’hui, on déplore la destruction ou la déconstruction des chronologies; on s’indigne du « zapping » et de l’utilisation pédagogiste d’internet, qui favorisent, sinon l’inattention, du moins la nervosité des élèves (et de leurs professeurs). On aimerait un retour aux « belles histoires de mon pays », aux lectures suivies, aux narrations patriotiques, au silence respectueux des élèves sous la férule des hussards noirs de la République. Nostalgie douce-amère pour éditeurs et producteurs d’émissions. La France, d’une manière générale, se prend trop au sérieux et se complait dans un cartésianisme morose à peine diverti par ce bout-en-train de Pascal, elle a choisi, surtout depuis Mitterrand, le plus « sinistre » des présidents de la Ve, l’idéologie de la rigueur et de l’hypocrisie. L’islam se trouve peut-être à son aise dans cette ambiance, mais ni plus ni moins que le judaïsme, le protestantisme et bon nombre d’athées. Il me semble déceler un potentiel humoristique plus grand chez les Catholiques; j’en fréquente certains. Une chose est sûre en tout cas: à la différence des prophètes vétérotestamentaires et de Mahomet, Jésus est quelqu’un de très sympathique, et même de plutôt « cool », comme disent les jeunes. L’hypothèse que je souhaite modestement défendre (et même ne pas défendre du tout si on venait à la combattre pour des raisons étrangères à la mienne) est la suivante: et si on était un peu plus léger  ? un peu plus désinvolte ? un peu plus drôle ? Car nous nous causons de fausses pesanteurs. Et de toute façon nous tomberons.

Ce qui me frappe depuis plus de vingt ans, dans les réformes de l’enseignement et plus encore dans les nouveaux programmes d’histoire-géo, ce n’est pas tant leur inefficacité que leur vanité, pas tant les médiocres résultats auxquels ils aboutissent que les pompeuses intentions dont ils procèdent. En une phrase je vous résume l’affaire: des intentions bien pensantes et d’un esprit de sérieux qui pèse des tonnes ! En langage jeune: on se fait chier ! Et grave !

Le nouveau programme 2011 d’histoire-géo de Première ? De l’économie mondialisée, de l’environnement urbain, de l’aménagement des territoires, des régions, de l’Europe, du totalitarisme, du génocide, de la guerre bien brutale, de la colonisation-décolonisation, mais aussi de la bonne vieille République française, de la laïcité, de la condition ouvrière, féminine, de l’immigration, etc. Moi qui suis en première ligne, pas le loisir de la nostalgie ou de la mélancolie française. Toujours en prise ! Pédagogie vroum-vroum ! Et bien je vous le dis: ce programme s’annonce des plus lourds à traîner. Le moteur tiendra-t-il ? Je me sens telle une petite tondeuse devant tracter un immense chargement, comme dans le film que j’ai vu l’autre soir, « Une histoire vraie » de David Lynch. Un programme assommant, abrutissant, intimidant, émotionnant. Pas de place pour la candeur, la fraîcheur, la fantaisie, la légèreté musicale, le lyrisme, la farce. Pourtant c’est ce qu’il faudrait pour former des esprits vifs, éveillés, des jeunes gens magnanimes, généreux et drôlatiques. Mais non. C’est l’école de la rigueur et de la raideur; de la soi-disant rigueur ! une petite rigueur technique de façade (savoir faire un plan en trois parties !) qui prépare les comportements délinquants des pignoufs escroqueurs qui nous « représentent » (tous d’anciens très bons élèves, ce qui ne veut pas dire qu’il faille demain élire un mauvais ! et d’ailleurs l’actuel président…). Quant à la raideur, on sait ce qu’ils en font en général (voir chronique précédente).

C’est aussi l’école du sérieux, du repentir, des bons sentiments et des voeux pieux; une prise de conscience d’objets culturels mous, visqueux, dégoulinants. En une pédagogie poisseuse. Génération vaseline ! Toujours les mêmes textes, les mêmes documents, les mêmes auteurs, depuis vingt ans, trente ans ! Dans le nouveau programme on nous « refourgue » de « l’économie-monde », une expression (superflue) braudélienne de plus de quarante ans ! J’en ai presque eu honte pour les élèves. Historiographie sclérosée, momifiée, statufiée. Parfum d’encens. Mais que branlent nos nouveaux chercheurs ? ça fréquente les coquetails, les colloques, les séminaires, ça va à France-Culture, à « C’ dans l’air », ça pérore, ça charme, ça dragouille, ça baise. Le sens de l’histoire ? Il leur passe par le mi des fesses, comme dirait quelqu’un…

Nos élèves (les miens je veux dire) ne sont pas d’assez petits bourgeois merdeux-prétentieux de science-po (dont nos nouveaux programmes s’inspirent) pour trouver intéressants de pareils sujets lourdissimes; ce sont de braves jeunes gens des classes moyennes plutôt très sympathiques, auxquels j’ai l’impression d’infliger le catéchisme moralisant des bobos ministériels et des managers d’entreprises. Toutes les bonnes notions du centre-gauche, centre-droit, y sont. La belle mixture, shaker, coquetail ! Santé ! Prosit ! A la Grèce ! La mondialisation ? Il faut bien sûr la réguler. L’immigration ? idem. L’Union européenne ? Idem ! Et pour les enseignants qui n’auraient pas bien compris la nécessité de rester flou, hypocrite, tout en étant bien rigoureux, scrupuleux, vigilant, la lecture des documents Eduscol (plus de cent pages !) pour guider la mise en oeuvre des programmes les remettra en garde: « on veillera à ne pas enfermer la compréhension dans une étude trop étroite ou systématique du sujet ». (je cite en substance).

Conseils foireux pour programmes merdiques. Je résume. Un peu de vivacité synthétique zut !    



A propos de l’affaire DSK

 

   Remboursez ! Franchement on est très déçus. L’affaire DSK s’est dégonflée, comme la chose du monsieur; on avait pourtant été bien excités au début, c’était même assez chouette à regarder: la justice américaine impitoyable s’en prenant à un homme de l’élite, de la super-classe mondiale… C’était assez incroyable, je dois dire; et la plupart des Français étaient d’ailleurs sceptiques; non, c’est pas possible… qu’ils disaient, c’est trop gros (parlaient-ils de DSK ?), c’est un coup monté; pas lui ! Trop intelligent pour se laisser prendre, ajoutaient certains, et certaines renchérissaient, enfin, un séducteur comme lui, il a pas besoin de se taper une soubrette à l’hôtel, enfin quoi ! 

    Toujours est-il, ça démarrait fort cette histoire, j’en étais arrivé, moi, à me remettre sur France-info, à saliver en attendant le journal télé du soir, ah oui, des images, des images de l’homme le plus puissant du monde menotté ! Amené comme un vulgaire violeur devant un tribunal, présidé par une femme qui plus est, et puis pas commode, le genre féministe, coupeuse de bites, zag zag zag ! Pour nous, pauvres téléspectateurs, prolétariat enculé depuis des générations, c’était bien agréable, et presque bandant de voir ce libidineux capitaliste piégé comme un rat ! « Erection, piège à con » titrait Le Canard; ah oui, c’était bien vu, on s’en frottait les mains à ce moment-là (disons entre le 15 et le 20 mai). Ce qui était drôle, aussi, à s’en tenir les côtes, c’était de voir tous les « amis » de DSK le soutenir, « dans cette épreuve », oh ! les belles têtes d’indignés ! Que c’était une honte d’après eux d’avoir montré les images de leur ami menotté ! Même le très catholique directeur de Ouest-France y allait de son éditorial offusqué; mon Dieu ! quelle horrible chose ! quelle bassesse ! quelle turpitude ! Vite la Bible ! Elevons nos âmes ! Pour nous, incroyants rabelaisiens, quelle farce ! A péter de rire ! 

   C’était bien drôle aussi d’entendre les socialistes français, donneurs de leçons de morale, de civisme et de droits de l’homme, de les entendre soutenir quand même leur cher Dominique, leur saint patron (tout comme !), le grand maître de l’économie, le super dialecticien talmudique de la rigueur et de la croissance, un esprit supérieur capable de parler plusieurs langues en même temps, un homme international, sans frontières, cosmopolite, d’un hôtel l’autre, d’un avion l’autre, d’un trou l’autre ! Tous ces socialistes, on aurait dit une bande de chimpanzés paniqués par la disparition de leur mâle dominant, courant dans tous les sens, jappant, hou ! hou ! hou ! se reniflant les orifices incrédules, snif-snif-snif, à la recherche d’un indice, d’une gougoutte séchée. Prostration. Au clair de lune. Offrons une femelle au grand dieu de l’économie, au moloch contrarié, au roi des chimpanzés, le king kong de la jungle financière. Allez, Martine, faut y aller, tiens, prends cette rose, respire fort, ferme les yeux, ton papa est fière de toi, enfin une martyre dans la famille. 

   Donc, cette affaire DSK était passionnante, il y avait du mystère, du stupre, ça sentait le soufre, le bûcher (des vanités), la chair fraîche, on avait les narines bien humides, bien ouvertes. Et puis l’ambiance estivale est arrivée, ça s’est étiré en longueur, c’est devenu nonchalant, décousu, contradictoire, comme si l’histoire d’abord racontée par Flaubert avait été poursuivie par Orsenna, comme si l’ouverture wagnérienne avait cédé la place à l’art de la fugue. Ah zut ! ça devient chiant ! qu’on s’est dit, nous autres Français, épris d’épique, avides de furies et de féeries, on a senti que la guerre n’aurait pas lieu. Armistice éhonté. Place au tourisme, à la saison thermale. La justice américaine, pourtant, on y avait cru un instant, incarnée par une féministe puritaine, et puis non, elle a disparu, turn-over, et c’est devenu très mou, très flottant, procédures, allers-retours, le business des avocats a repris le dessus, par en dessous, DSK est revenu à Manhattan, avec sa femme, couple modèle, ils ont loué ce qu’il y avait de plus cher, de plus chic, la grande confiance en eux, l’insolence du pouvoir d’achat, une manière aussi de décourager les petites attaques… et ça a marché en effet. Les vacances sont arrivées, démobilisation des opinions publiques, des femmes à poil sur les magazines, oublié DSK ! 

   Enfin, disons aussi un mot de la femme de chambre; bon, tant qu’on ne l’avait pas vue dans les journaux, on pouvait imaginer une jolie petite africaine toute timide, une de ces immigrées torturées par sa tribu venue trouver refuge en Amérique, pays des libertés individuelles. Mais voilà, son avocat, un noir très nerveux, très agité, pas le genre samouraï, Ghostdog, non, plutôt le genre Thuram, verbeux, droit de l’hommiste abstrait (c’est sans doute pourquoi il ne voulait pas montrer sa plaignante aux journaux), il a dû changer de stratégie, et la fille s’est montrée. On a été bien déçus; pas du tout celle qu’on croyait; pas une petite africaine tremblante, avec des grands yeux traumatisés, non, une américaine déjà bien grasse, le genre chanteuse de gospel, très vindicative, pas du tout éplorée, pas du tout évasive. Non, elle a donné des détails ! comment DSK l’avait saisie, empoignée, et pénétrée ! Les trois trous ! En 8 minutes ! ça laisse dubitatif cette bite hâtive ! L’histoire perd beaucoup de sa superbe. On espérait une Affaire ! On n’a plus qu’un fait divers. En plein été les gens ont laissé tomber. 8 minutes, trois trous, travail bâclé ! Les Français eux aiment bien le bel artisanat, ils ont le goût de la chose bien faite, délicatesse, patience, contemplation … Et la fille, surtout, c’était pas un petit morceau, pas la greluchette qu’on retourne hop ! hop ! C’est dire la poigne du DSK ! Le bourrin ! Le « gros singe en rut ! » (je cite la jeune T. Banon). Ou alors c’était tarifé… Et il y a eu désaccord, le DSK a voulu une ristourne (8 minutes c’est pas beaucoup, c’est vrai), mais elle plutôt un supplément (le troisième trou c’était pas prévu !). On saura jamais !

   Tout cela est bien triste aussi sur notre pauvre monde: un grand responsable économique de notre monde pas plus responsable que ça ! y a de quoi être vaguement inquiet ! et puis cette fille, l’exemple même de cette immigration incontrôlée (elle a menti sur les raisons de son départ d’Afrique), sous-payée, qui grossit des banlieues de traficants, de drogués, de délinquants, pendant que l’oligarchie dirigeante se goberge, et blablatère sur la nécessaire mondialisation. C’est à vous donner très envie d’être contre ! Et bien, même pas, les Français n’ont pas trop l’air de s’en formaliser; c’est sans doute qu’ils ont du vice eux aussi, et qu’ils aimeraient bien l’exprimer davantage, sans complexe, comme le DSK ! C’est sans doute aussi que la France, ils ne l’aiment pas tant que ça, pas envie de se battre pour elle; savent-ils encore ce que c’est ? L’instinct a disparu, celui-là en tout cas; ce qu’ils aiment ? la société de consommation ! et le sexe ! Et sur ce plan, la mondialisation est assez intéressante. Alors, pourquoi pas continuer comme ça ? DSK ne scandalise personne; ça fait un peu sourire, et puis basta. The show must go on !                                                      



A propos de la culture en Amérique

 

    Je viens de lire le gros livre (800 pages) de Frédéric Martel, « De la culture en Amérique » (2006, nouvelle édition poche Champs-essais, 2011). C’est le résultat d’une longue enquête de terrain menée avec l’appui des grands pontes des sciences sociales françaises. F. Martel est par ailleurs producteur d’émissions sur France-Culture, et vient de sortir un nouveau livre sur le « Mainstream », ou « la guerre globale de la culture et des médias » (disponible en poche dans la même collection). Il a aussi été conseiller d’hommes politiques (de gauche). 

    Ce n’est pas un livre de réflexions à la Tocqueville; il faut dire que la société et la culture américaines ont beaucoup changé depuis le milieu du XIXe. Tocqueville a observé, rapidement, les moeurs démocratiques et industrieuses d’une jeune nation pleine de bons sentiments (et d’une redoutable hypocrisie morale), et ce que l’on retient en général de son livre, « De la démocratie en Amérique », ce sont les déductions péjoratives sur la culture de masse et l’essor d’une grande puissance quasi « totalitaire » (la dictature de la majorité) portées par un aristocrate normand devenu modérément républicain. Tel n’est pas le cas de F. Martel, qui pour les besoins de sa longue enquête a interrogé beaucoup d’Américains, de la haute société le plus souvent, et passé plusieurs années en immersion dans la société métropolitaine (New York bien sûr) ; il en résulte un livre globalement admiratif de la culture en Amérique; des différentes façons dont elle se fait, et plus encore des différentes façons dont elle ne se fait pas. F. Martel a la plume et le raisonnement du jeune chercheur épanoui, qui étudie et enquête avec sympathie, voire avec empathie, animé du désir de ne pas déplaire, de ne pas décevoir, de ne pas inquiéter. Les sociologues, on le sait, doivent capter la confiance des personnes qu’ils interrogent, et se montrer courtois, charmants, séduisants. Ce n’est pas un métier pour misanthrope ! Les misanthropes restent chez eux et ruminent de sombres idées.

    F. Martel ne s’intéresse pas tant aux « contenus » de la culture qu’à ses « contenants », il ne boit pas la bouteille, ni même un verre, il se contente de la décrire, d’en indiquer le prix et par qui elle est vendue; ainsi il reste sobre et ne porte aucun jugement de goût; il accepte et prend le mot « culture » dans un sens très large: de l’opéra à la danse country, de la lecture de Platon au chant gospel, du yogga au film porno, sans faire de hiérarchie ou de remarques désobligeantes (comme dirait M. Finkielkraut, qui ne partage pas les idées ou les absences d’idées de F. Martel, on met sur le même plan une paire de bottes et une pièce de Shakespeare !).  »De la culture en Amérique » nous montre comment fonctionne un peu la société américaine, avec ses innombrables associations, institutions, universités, fondations et autorités locales qui participent ensemble et séparément à la culture. « Il n’y a pas de pilote dans l’avion, écrit F. Martel. Il n’y a pas d’autorité ni d’acteur central. Il y a mieux: des milliers d’acteurs, indépendants et tous reliés les uns aux autres, isolés, empreints d’une solitude douce-amère qui les pousse à agir pour le bien commun et à se réunir autour des valeurs de l’Amérique. Egoïste et philanthrope: tel est le « miracle » de l’humanisme civique américain » (p. 693)

   Globalement admiratif, F. Martel émet cependant des réserves: cette profusion est synonyme aussi d’éclatement ou de « fragmentation », à l’image d’une société de plus en plus inégalitaire et multiculturelle; la politique fédérale (à travers le National Endowment for the Arts, NEA, créé en 1965) a essayé de fixer des priorités et des objectifs socio-culturels (lutte contre le communisme, contre le racisme, contre la pauvreté…) mais a suscité de nombreuses critiques, autant chez les Démocrates que chez les Républicains; les « culture wars » des années 1980-1990 (batailles culturelles entre conservateurs et libéraux, entre puritains et provocateurs, entre féministes, gays, junkies et pasteurs, etc.) ont affaibli la place du NEA (et de son directeur) au sein du « paysage » culturel américain. Un paysage d’une grande diversité, certes, mais composé de multiples « niches » philanthropiques et fiscales où les fondations et les entreprises (par le mécénat) financent une vie culturelle qui se combine de mieux en mieux à des objectifs commerciaux et publicitaires. F. Martel déplore cette tendance ainsi qu’une certaine « érosion » de la société civile dans ce paysage culturel artificiel qui ne semble pas avoir adouci les moeurs de ses habitants (consommateurs). Ce pourrait être bien pire, sans doute, et les éducateurs sociaux, considérés comme des « super-créatifs » (par le livre de Richard Florida, The Rise of the creative class, 2002) ont joué et jouent encore un rôle de pacification dans les quartiers pauvres, en détournant et récupérant la violence psychologique de leurs habitants (les plus jeunes notamment) dans des projets « artistiques » qui flattent leur égo (un procédé que les pédagogues connaissent bien).

    Tout en se gardant bien de tout anti-américanisme, F. Martel s’interroge tout de même sur la puissance culturelle des Etats-Unis; son scepticisme teinté d’admiration, et inversement, s’explique sans doute par la neutralité et l’objectivité dont il a voulu faire preuve; pour comprendre la culture en Amérique, il ne faut surtout pas raisonner, dit-il, d’un point de vue français, et ne pas chercher par exemple à distinguer ou opposer ce qui est public et ce qui est privé, tant les deux domaines se croisent et s »imbriquent en permanence aux Etats-Unis, notamment dans les affaires culturelles; on a compris aussi que F. Martel avait adopté une conception très démocratique et ouverte de la « culture », qui s’imbrique dans un étude de la société mais aussi de la vie politique. A cet égard le chapitre consacré aux « culture wars » est des plus passionnants à lire, notamment par les portraits de certains directeurs du NEA, comme J. Frohnmayer, confronté aux critiques de « droite » et de « gauche », et qui intitulera ses mémoires, « Leaving town alive » (quitter la ville vivant).

    Les chapitres sur les institutions culturelles et leur fonctionnement occupent une place un peu encombrante; dans son professionnalisme de sociologue F. Martel n’a pas suffisamment pensé à tous ces lecteurs amateurs qui, comme moi, auraient souhaité un peu moins d’exemples (surtout s’ils vont dans le même sens) et un peu plus de réflexions synthétiques, voire une manière de jugement critique plus enlevée, plus percutante. Enfin quoi, il faut un peu leur rentrer dans le lard à ces gros cons d’amerlocks ! F. Martel s’est peut-être laissé impressionner par les apparences de fonctionnement et de financement d’un système culturel dont les résultats, en termes de sociabilité et de moralité, sont fort médiocres. Enfin, malgré la très large définition qu’il en propose, ou suppose, la culture américaine dont parle F. Martel n’inclut pas les sports; c’est dommage non ? 

   Reste que ce livre est intéressant. Si vous êtes un lecteur pressé, et si votre vie moderne ne vous permet plus de lire des livres (c’est ce que note un récent rapport du NEA), vous pouvez vous contenter des 50 pages de la conclusion, et du chapitre sur les « culture wars ». Mais si vraiment vous êtes très pressé, alors cette chronique devrait hélas vous suffire. Merci qui ?      

                                          



A propos des orages

 

   C’est la reprise, et partout la rigueur sous-entendue; car il ne faut pas prononcer le mot. Tabou. Il faut au contraire faire semblant que la croissance continue, certes ralentie, moribonde, mais qu’elle continue: respiration artificielle, amphétamines, morphine, et tout cela vaguement surveillé par de gentilles infirmières roumaines qui n’ont pas de nouvelles du médecin chef, un dénommé Cohen (parti en vacances et remplacé par un étudiant pakistanais). La courbe des marchés financiers ressemble depuis quelques semaines à celle d’un malade en phase terminale.

   La rigueur ? pas un problème pour moi ! Je suis prêt ! Voilà dix ans, vingt ans, trente ans, quarante ans que je m’exerce à l’ascèse ! La décroissance et l’écologie n’ont pas de secret pour moi ! Psychologiquement je suis affûté pour le grand retour en arrière ! A la bonne vie rurale ! Soupe au chou pour tout le monde ! et civet de lapin le dimanche ! Et galipettes dans le bon foin ! (pas besoin d’aller sur meetic pour ça !)

  La rigueur, je l’espère, je m’en réjouis, et je ne vis plus que dans le désir de voir tous ces gros cons de footballeurs surpayés exterminés comme des cafards ! Car ce sont des cafards ! A écraser ! Je m’endors le soir avec de belles images aussi de traders guillotinés ! Oh délices. En pleine nuit je suis parfois réveillé par des illuminations encore plus indécentes, au coeur du Système. Il me faut évacuer. J’évacue.  

   Ce blog sera donc à présent la chronique du grand nettoyage, de la grande lessive; il lui fallait aussi un nouveau titre, Ecce Omo aurait pu convenir, mais ce serait une publicité mensongère, depuis plusieurs années je n’utilise plus en effet que Le Chat, en bidon de 3 L. En tout cas l’ancien titre « A l’ombre » était devenu totalement désuet, avec son  côté Marcel Proust, trop aristo, trop mondain, trop chichiteux; le temps n’est plus aux atermoiements, au vague à l’âme des demoiselles en ombrelles et aux amertumes ombrageuses qu’elles provoquent sur l’imagination névrosée d’un puceau de 35 ans. J’ai souhaité un titre très minimaliste, sans prétention, sans indication, tout en prudence, sobriété, sang-froid. A propos. Voilà. C’est tout. 

  A propos de quoi ? Les sujets seront des plus variés. Je ne suis spécialisé en rien. Comme disait de Gaulle, c’est la culture générale qui compte. Les spécialistes sont des fourvoyeurs doublés de fossoyeurs. Aujourd’hui je vais vous parler des orages (première partie) et de mes chiottes (deuxième partie). La transition vous sera donnée le moment venu.  

  Le temps est instable, un jour beau, le lendemain pluvieux, en tout cas sur la Basse Normandie; un gros orage a éclaté l’autre soir, le seul de la saison; vous aimez les orages ? Pas moi. C’est bruyant, c’est dangereux, c’est destructeur; on croit que c’est fini, et ça revient, un coup par surprise, crac ! C’est fourbe un orage. C’est bête, c’est absurde, ça ne sert à rien; vous n’êtes pas d’accord ? vous êtes spécialiste des orages ? Vous n’avez rien d’autre à foutre de votre vie ? Scientifique de salon ! Vous vous intéressez aux orages pour déclencher des coups de foudre ! Je vois le tableau. Longue tradition, de Benjamin Franklin à Philippe Sollers, en passant par Paul Morand, « on a des éclairs bleus au bout des doigts » etc. Le but de tout ça ? Plaire aux dames, qui ont des humidités conductrices, on le sait !   

 Pour moi, l’orage est un « phénomène » qui n’a pas de sens, pas de raison d’être; ça survient et ça s’en va. Quand j’étais tout petit, je m’interrogeais sur ce phénomène, tout à fait absurde à mes yeux, d’autant plus que vivant à la campagne j’en voyais les dégâts (une vache avait été foudroyée, l’eau dévalait les champs et bouchait les fossés, le disjoncteur de la maison sautait à chaque fois, et puis quel vacarme là-dedans ! Les chiens avaient peur, ils se cachaient sous les lits, ma grand-mère aussi avait peur, ça lui rappelait les bombardements de 44…) – On me répondait que c’était le bon dieu qui se fâchait… Mouais. Ce genre de réponse ne tient pas longtemps.

  Depuis j’ai vaguement appris le pourquoi-comment des orages, « c’est pas sorcier », et je dois dire que ça ne me convainc pas, philosophiquement parlant; ou plutôt, je m’en tiens à ce sentiment de jeunesse, que les orages sont des phénomènes physiques qui n’ont pas de valeur métaphysique; j’en éprouve même à présent de l’énervement; l’orage me dérange, à cause du bruit et parce que je ne peux plus me servir de mon ordinateur (ou regarder la télé); mais il m’énerve aussi et surtout à cause de son déroulement même; je le répète, l’orage est fourbe, il s’approche, il tourne un peu en rond, on se dit « c’est bon, c’est parti », et puis il revient ce con ! A la campagne les anciens connaissaient un peu ses ruses, attention disaient-ils, il va du côté du bois c’est qu’il va revenir. Et il revenait encore plus fort.

  Qu’est-ce qu’un orage au fond ? C’est un élément de destruction, et même un signe (annonciateur) ou un symbole de disparition totale, de fin du monde. C’est le seul sens métaphysique que je lui trouve. Avez-vous vu le film « Melancholia » de L. Von Trier ? Je suis allé le voir l’autre soir, peu de temps avant l’orage; la planète Mélancholia une première fois passe à côté de la Terre, on se dit « ouf ! elle s’en va » … Et puis non. Elle revient la salope. Et là, attention, c’est le gros truc, le super orage définitif !  

  Il y a des personnes qui aiment les orages; j’ai rencontré il y a quelques années une jeune femme qui prenait ça comme un spectacle son et lumière; oh le bel éclair ! et crac boum ! oh comme c’est fun et super cool ! évidemment c’était une urbaine, une espèce de bobo artificielle, hors-sol, une pute d’élevage quoi, nourrie au porno de Canal Plus, totalement inconsciente des dangers, une femme sans métaphysique, sans morale au sens kantien et supérieur (en revanche pleine de petite moraline bien-pensante), enfin bref, une femme comme il y en a beaucoup, purement physiques, purement sexuelles, purement arrogantes, « je m’éclate et je vous emmerde ! », pas l’ombre d’une peur métaphysique chez elles; pas l’ombre d’une crainte, d’une pudeur, d’un tremblement. On en souhaiterait presque Melancholia pour ces gens-là ! Hélas Melancholia ne fait pas de détails. 

  L’orage si. Et sur qui s’abat-il en général ? Pas du tout sur la belle salope arrogante ! Ni sur le gros con dans son canapé avec sa bière ! Non. La foudre dans toute sa fourberie va viser la pauvre grand mère toute seule dans son appartement avec son petit chat ! Ou bien le vieux monsieur célibataire retraité de l’éducation nationale qui finit ses mots croisés, cinq lettres… Crac ! Quatre lettres et t’es mort papy ! La foudre ne frappe pas non plus la jet-set dans ses palais et hôtels de Marrakech; non, elle frappe le prolétariat des campeurs du côté d’Arromanches les bains !

  Le mot même de foudre me devient détestable; que Michel Onfray l’ait utilisé comme titre d’un de ses nombreux volumes de son journal hédoniste est vraiment une faute de goût de la part d’un philosophe auquel ici en Normandie on prête toutes sortes de qualités, locales et universelles, un brave homme d’Argentan, solide, rude, travailleur, mais aussi un esprit supérieur, qui a le sens du bien public, des généralités et des synthèses; en tout cas, ce mot de « foudre » a un côté prétentieux-petit merdeux (le romancier tapette parisien) ou journaliste de foot (Benzema va faire parler la foudre ce soir !) qui ne colle pas du tout avec le personnage Onfray ! Eclair, à la rigueur, c’est mieux, c’est plus élégant, plus local (le quotidien de l’Ouest avant 1944 s’appelait « Ouest-Eclair »). Même si le mieux c’est encore d’éviter ce genre de mot. Ni foudre ni éclair ni orage. Oubliez ce romantisme de pacotille ! Que dis-je ? Ce romantisme fasciste ! Voyez Ernst Junger et ses Orages d’acier, suivis de près par la Blitzkrieg (guerre-éclair).

 Il faut être classique, absolument classique, et même classieux si vous pouvez. Un exemple ? La nouvelle décoration de mes chiottes !

  L’art classique vise à un effet de sobriété et d’équilibre; pas de zigouigouis, de trompe l’oeil, et de cette fumisterie baroqueuse et confusionniste pour tarlouzes cultureuses; les chiottes, dois-je le rappeler, sont un espace d’intimité fonctionnelle: on y fait ce qu’on a à y faire. Merde alors ! Je m’oppose donc catégoriquement à ces chiottes décorées de façon outrecuidante et saugrenue; chez une de mes belles-soeurs par exemple (mon frangin n’y est pour rien, c’est un brave garçon, il n’a plus du tout la maîtrise de son chez-lui comme la plupart des hommes mariés !), on trouve des crayons de couleurs dans les chiottes, et un morceau de tableau noir avec une craie ! Je vois l’idéologie qui se trouve derrière ça: le multiculturalisme à l’américaine, « united colors » et cie, et l’idée d’une créativité, très américaine aussi, accessible à n’importe quel trou du cul, si je puis dire… je le dis ! Etre assis sur le « trône » peut rendre narcissique, hyper-créatif, tout à l’égo et tout à l’égout ! Très américain. Mais aussi un peu féministe; parce que moi, je fais pipi debout, et je peux pas tenir deux crayons en même temps, si vous voyez… Vous voyez ! Les nanas, en revanche, tranquilles, ça scribouille, ça graffitise, ça fait des jolis dessins innocents, histoire de cacher ce qui se passe en dessous. Pourquoi croyez-vous qu’on a inventé le parfum ? On connait la manoeuvre !      

  Eh bien moi, adepte du style classique, partisan d’une clarté virile et honnête, je dis non, stop ! De la sobriété et de l’équilibre avant tout ! Et c’est pourquoi, après avoir arraché de mes chiottes le vieux papier de style « biedermaier » (vieille Europe bourgeoise hypocrite XIXe) imprégné de plusieurs générations d’odeurs, puis gratté la surface (et découvert des inscriptions plus récentes, comme celle « Thorez est une tarlouze moscovite », barrée et remplacée par « Mauriac suce de Gaulle ! »), j’ai appliqué trois couches de peinture: le plafond en blanc (idéal de pureté, en opposition avec l’action du dessous), un côté en rose (« lilas »), et un autre en bleu-lavande. Sobriété, équilibre. Un côté garçon, un côté fille. Rétablissons des repères ! Des normes ! Et le dessus, virginité du paradis perdu, idéal asexuel, androgynie merveilleuse, désir d’infini, etc. Pas de crayons de couleurs dans mes chiottes ! On ne crée rien ! Hands off ! On se concentre, le con bien centré, on fait ce qu’on a à faire. Et on s’en va ! Sans oublier de tirer la chasse. « Il faut savoir tirer la chasse » comme disait mon ami regretté Figaro. Et il l’a bien tirée lui.                        

 



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