A propos de l’élégance du hérisson

 

   Mes collègues de Français, surtout féminines, ont proposé en guise de bac blanc trois extraits de: 1) Victor Hugo, Les Misérables, 2) Céline, Mort à crédit et 3) Muriel Barbéry, L’élégance du hérisson. Cherchez l’erreur ! C’est comme si, nous, profs d’histoire-géo, on proposait un extrait des Mémoires de de Gaulle, un autre de Mitterrand, et un troisième de… Rachida Dati ! 

   Qui est Muriel Barbéry ? Une prof de philo de Normandie, mi-enseignante mi-formatrice à l’IUFM, qui a connu le succès et la célébrité avec son roman « L’élégance du hérisson » publié en 2006. Ensuite elle est partie au Japon. Résumons: c’est une bobo bien pensante. L’extrait proposé par mes collègues est consternant de médiocrité, je cite: « Je m’appelle Renée. J’ai cinquante-quatre ans. Depuis vingt-sept ans, je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un bel hôtel particulier avec cour et jardin intérieurs scindé en huit appartements de grand luxe, tous habités, tous gigantesques. Je suis veuve, petite, laide, grassouillette, j’ai des oignons aux pieds, et, à en coire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth. Je n’ai pas fait d’études, ai toujours été pauvre, discrète et insignifiante… Comme je suis rarement aimable, quoique toujours polie, on ne m’aime pas mais on me tolère tout de même parce que je corresponds si bien à ce que la croyance sociale a aggloméré en paradigme de la concierge d’immeuble que je suis un des multiples rouages qui font tourner la grande illusion universelle selon laquelle la vie a un sens qui peut être aisément déchiffré. » Je m’arrête là, sur cette dernière et longue phrase totalement saugrenue et maladroite, une phrase de prof pédante et formatrice à l’IUFM qui plus est. Voilà pourtant ce que mes collègues ont sélectionné en compagnie de Victor Hugo et Céline. Atterrant. 

    Je n’ai pas lu le roman de Muriel Barbéry, et pas besoin de le faire pour deviner tout de suite que c’est une petite daube bien pensante. Il me suffit de le voir mis en « coup de coeur » dans les rayons de la FNAC ou dans le CDI de mon lycée pour m’en détourner d’un rire sardonique. On trouvera sur internet des critiques cinglantes et averties: roman de prof, pédant, cuistre, stéréotypé, socialement creux, et bien sûr anti-français voire anti-occidental (japoniaiseries de l’auteur). Petit roman de bourgeoise écolo-cosmopolito-bobo : le contraire du portrait de la concierge, on avait compris. Qu’il ait été choisi par mes collègues montre que le niveau baisse, sérieusement, et que la culture littéraire des lycées se collégise à grande vitesse; bientôt on étudiera des textes de Lilian Thuram ! Certains le font d’ailleurs déjà.  Lequel Lilian Thuram est venu assister l’autre jour à la finale du concours lycéen des plaidoieries qui se tenait au Mémorial de Caen, temple de la commémoration convenue et pro-américaine. Ce concours rassemble des adolescentes indignées (futures Muriel Barbéry) qui écrivent des textes prétentieux et vaniteux pour dénoncer les injustices de notre monde: le travail des enfants, la prostitution, la solitude des vieilles dames, etc.  Festival de la bonne conscience, grande messe des droits de l’homme célébrée par des communiantes pubères sous le regard envieux d’un parterre de pédagogues ménopausées. 

    Le sujet du bac blanc de Français portait sur la représentation de la femme à travers trois extraits, trois auteurs, trois époques. Pour avoir vite fait parcouru quelques copies (je surveillais l’épreuve) j’ai bien compris où l’on voulait en venir: la femme soumise, victime, exploitée, tout en étant porteuse de valeurs universelles, douée de son sixième ou septième sens (j’ai cessé de compter), de ses instincts intra-utérins, et de son expérience maternelle qui lui fait comprendre la nature et l’humanité bien mieux que ces gros cons de mecs, fachos nationalistes, lubriques bornés, petits spermatiques impénitents « et incapables de prendre en mains leur contraception » (je cite une collègue). Muriel Barbéry nous montre le jardin secret de cette pauvre concierge, son immense culture extra-occidentale, son raffinement spirituel derrière ses apparences souillonnes, quelle belle âme ! Mais c’est une petite fille prénommée Paloma (origine espagnole, en effet, pour induire en douce le procès d’une certaine France…) qui va découvrir cette belle âme puis un monsieur japonais qui va en découvrir un peu plus encore. Ah, ces Japonais, toujours le sens du sacrifice.

    On le voit, le public français est éduqué à cette sauce depuis trente ou quarante ans; cette sauce dégouline de tous les magazines généralistes et particulièrement lus par les femmes; ajoutons-y la télé et le cinéma, toute la propagande mémorielle, les soirées Shoah, les soirées post-coloniales repentance et métissage, et les films Intouchables et The Artist; le premier nous montre un grand noir souriant et dynamique (comme le tirailleur sénégalais de la publicité Banania en 1915, Y a bon ! ), tandis que le second est sélectionné pour la soirée des Oscars, « la plus grande fête juive de l’année » selon Woody Allen. Faites une combinaison des deux et vous aurez à peu près tout compris de l’entreprise de lobotomisation et de sodomisation de la population française. Je vous laisse deviner à quoi ressemble le producteur, sachant que la grosse queue est forcément celle d’un Black. Pas trop dur ? 

    Il y a bien dans mon lycée un jeune collègue de Français, stagiaire, toujours sobrement et sombrement vêtu, pas du tout le genre fumeur de joint, pédago libertaire, non, un garçon prudent, discret, capable d’audace (il a récemment chanté en public), il prépare lui-même ce qu’il mange le midi (et ça n’a pas l’air mauvais du tout), et il écoute Radio Courtoisie (il ne l’a pas dit ouvertement, mais j’ai compris, entre résistants on se devine très vite); combien de temps tiendra-t-il dans ce système ? Parlera-t-il ? Je l’imagine demain dans un collège, entouré de connasses mondialistes, des suceuses de Thuram, des bien pensantes bouddhistes, des lectrices de Muriel Barbéry, et bien sûr admiratrices des acteurs Jacques Gamblin et Vincent Lindon, « des hommes comme on n’en voit plus » disent-elles ensuite à leurs collègues dévirilisés. Comme si le cinéma était le réel ! Ce jeune professeur devra s’armer de mots et d’une littérature solide pour affronter la propagande visuelle, mais plus encore il devra dissimuler ce combat, et donner l’illusion sociale de son pacifisme, de sa gentillesse, voire d’une certaine impuissance. S’y laisseront prendre les bien pensantes, et ainsi s’évitera-t-il de pénibles rencontres. Prudence, prudence. L’élégance du hérisson c’est de ne pas traverser la route. Et de rester bien peinard dans le fossé, malgré l’appel de la femelle de l’autre côté.  Cause toujours salope !             

   

                    

   

        

        



A propos de musique chinoise

 

   Vous me prenez pour un affreux nationaliste misanthrope ? Un anti-mondialiste douteux, un antisémite potentiel, un misérable provincial ? Vous vous en foutez ? Je devine. Toujours des mots, rien que des mots. Grand diseux, petit faiseux. L’inertie routinière du prof, on connaît. Même pas cap ! 

   Tant mieux. Le journal est rempli de faits divers sordides, causés bien souvent par des taciturnes, des maniaques, des brutes; je me félicite chaque jour de ne pas ainsi passer à l’acte; d’une certaine manière, ma vie est resplendissante d’inaction, et je puise dans le verbe mille raisons de ne pas sortir de ma chambre.  Hier soir par exemple, je me suis endormi à neuf heures après avoir lu deux pages de Schopenhauer; la scène devait être merveilleuse, un vrai tableau de Noël: un petit ange dans son pyjama rouge blotti dans des draps bleus. 

La mondialisation ? Mais que nous propose-t-on depuis vingt ans ? D’acheter chinois et de manger halal ! Et qu’enseigne-t-on sous ce mot de mondialisation ? Des croquis avec des couleurs criardes et des flèches à double sens ! On est déçu. On espérait une ouverture d’esprit, on récolte des exercices débiles. On rêvait d’inviter chez soi une petite fidjienne aux cheveux en fleurs, on doit subir le bruit causé par des voisins aux crânes rasés qui font du tam-tam toute la nuit !  On est très-très déçu; et même un peu amer. 

Autre inconvénient: la mondialisation, loin de favoriser la bienveillante et fébrile curiosité que tout étranger peut susciter chez un autochtone (comme celle que les Indiens aztèques éprouvèrent pour les Espagnols), provoque au contraire des opinions et comportements de méfiance et de rejet; car les flux migratoires d’aujourd’hui n’ont plus l’innocence virile de ceux d’autrefois; les différents continents savent à peu près à quoi s’en tenir à présent les uns sur les autres; l’histoire de la mondialisation, si l’on résume, fut un processus globalement négatif. « Si j’aurais su j’aurais pas venu » pourrait dire Christophe Colomb. Les grandes ferveurs exploratrices se sont éteintes, depuis 1900 le monde a été placé sous le régime comptable des banques et des administrations;  les derniers aventuriers, style Lawrence d’Arabie, ont quitté la partie après 1918. L’aventure n’est pas compatible avec la croissance démographique; l’ère des masses favorise les sentiments élémentaires et les opinions obtuses. Avec sept milliards d’habitants la mondialisation n’est pas la même qu’avec 200 ou 500 millions. Elle est nettement plus dangereuse.

Prenons l’exemple de la Chine. Cette grande puissance pourrait attirer notre curiosité d’Occidentaux; n’est-ce pas une civilisation encore bien mystérieuse ? On lui prête d’étonnantes et précoces inventions; des écrivains et des philosophes en disent le plus grand bien. Seulement voilà. Avec plus d’un milliard d’habitants et un régime politique peu attractif aux yeux des Occidentaux, la Chine ne suscite au contraire que méfiance et rejet. J’en veux pour preuve le très maigre public venu écouter l’autre soir le concert de musique traditionnelle donné par un ensemble de douze jeunes filles ravissantes du conservatoire de Pékin.

La musique traditionnelle chinoise remonte à la plus haute antiquité; les cithares Guzheng, Guqin, les flûtes Sheng et Di, les luths Pipa et Zhongruan, les violons Er-hu et à trois cordes, le tympanon Yangqin et autres percussions, produisent des sonorités plutôt sèches et aigues, tout en évoquant et célébrant les bienfaits d’une nature humide et douce, si l’on en juge d’après les titres des morceaux: « nuit au clair de lune sur la rivière printanière », « fleur de prunus trois fois », « faire venir la jeune fille », « double Que », « tonalité des barques Dragon », etc. Par ailleurs, l’attention auditive ne peut guère être dissociée de la concentration visuelle, quand la musique est interprétée par des jeunes filles aux qualités physiques très attractives. L’oeil écoute et l’oreille voit. 

Bien difficile pourtant de distinguer mlle Chen Yunying de mlle Wang Jing; la finesse de leurs petits bras nus suggère une sorte d’esquisse ou d’épure sensuelle qui effleure l’entendement; le spectateur occidental, ce sectateur du « moi je », cet abruti d’un morne individualisme dépravé, ce bavard blafard de l’uniformité droit de l’hommiste, se retrouve, là, devant ces jeunes filles aux qualités confondues et interchangeables, plongé dans l’intrigue de sa représentation et de sa volonté; comme le Narrateur de la Recherche, ce grand dadais masturbateur, il entrevoit dans le groupe des demoiselles en fleurs un univers de formes et de détails mobiles qui défie les lois de sa raison pratique. Mais voici mlle Chai Shuai, dont la robe au col échancré permet au spectateur occidental de fixer son regard, lui évitant ce mal de mer qui provient du désordre et de la confusion de sa perception ballottée par les vagues tumultueuses.                   

Le maigre public s’explique aisément; j’habite une petite ville peuplée de couples bien pensants retenus chez eux par leurs enfants ou le désir d’en faire un; quant aux célibataires et personnes libres, rien ne saurait moins attirer leur attention qu’un spectacle musical placé sous l’autorité d’un régime communiste qui envoie en Occident des jeunes filles certes charmantes mais totalement captives et infréquentables. La communauté chinoise de ma petite ville ne s’est même pas présentée à ce concert, puisque aussi bien cette musique traditionnelle ne veut plus rien dire à ses oreilles devenues modernes. Vive la mondialisation !

Je me suis donc retrouvé en compagnie de personnes âgées, et d’un couple sans doute franco-chinois qui prit place juste devant moi; deux femmes de l’ambassade de la RPC faisaient également partie de la maigre assistance et l’une d’elles vint s’asseoir à mes côtés; son visage n’inspirait pas l’enthousiasme débridé; elle fit plusieurs photos et ses petites mains applaudirent très doucement l’orchestre; notons au passage que celui-ci s’autodirigeait et qu’il n’y avait personne à la baguette, si l’on peut dire. Face à pareille discipline collective et féminine, je me fis l’impression d’être un épouvantable anarchiste misogyne. En présence d’étrangers il arrive qu’on se prenne soi-même pour un étranger. Bien souvent, d’assister à une réunion ou à un spectacle me plonge dans une question: mais qu’est-ce que je fous là ? C’est sans doute un effet de la mondialisation que de s’interroger en pure perte sur la fragilité de sa présence individuelle. « 700 millions de Chinois et moi et moi et moi » chantait Dutronc en 1966. Aujourd’hui ils sont près du double. Mais le moi, lui, reste seul.                               

     

        



A propos de la France (1)

 

La France est un beau sujet de composition, elle semble même d’autant plus l’être que sa force réelle, comme Etat, comme nation, comme puissance, diminue et s’efface. La mondialisation par les affaires, par les chiffres, par les agences de notation, invite les esprits encore un peu littéraires et philosophes à se pencher, avec délectation et tristesse, ou ironie et allégresse, sur ces pays qui autrefois prétendaient rayonner sur la planète; mille fois pour une, aussi, l’occasion est donnée au professeur d’histoire et de géographie de relativiser ou de « démythifier » cette idée certaine comme cette certaine idée qu’on se faisait de la France autrefois. L’idéologie patriote et nationaliste prête à sourire, dans le meilleur des cas, mais le plus souvent elle déclenche les sarcasmes, les diatribes, les foudres médiatiques. Si de Gaulle revenait aujourd’hui, il ne serait sans doute pas tant combattu que ridiculisé. Les « intellectuels » français ont accompli depuis son départ une révolution copernicienne: la France n’est plus le centre du monde, ont-ils constaté, par conséquent leurs réflexions se sont elles aussi  »décentrées », produisant alors cette littérature polymorphe (et un peu perverse), foisonnante, aventureuse et libérale des années 80 avec laquelle je me suis moi-même un peu égaré, dissout, corrompu. Mais cette décentralisation intellectuelle n’a pas entraîné le corps professoral français, qui est resté à 99 % campé sur ses campus nationaux, ses lycées et ses collèges de province. La simple obligation de présence au travail ne permet pas aux professeurs de s’adonner au loisir de la pensée aléatoire et de l’inspiration impromptue; la plupart d’entre eux n’ont qu’à peine le temps de lire. Leur « Etre-Là » (ou être-las) les confine dans une expérience sédentaire très limitée de la connaissance du monde, et quand bien même parlent-ils un peu anglais, espagnol ou italien, leurs pensées et leurs désirs se font en français, ou dans le silence glacé de la solitude, leurs conversations et leurs plaisanteries tournent sans cesse autour de sujets « classiques », le travail, la santé, la bouffe, le logement, les impôts, parfois le sexe, etc, autant de sujets qui désolent les esprits modernes aux aspirations cosmopolites (professeurs de littérature comparée, de « post-colonial studies », de « cultural studies », d’esthétique et de design, d’esbrouffe subventionnée, professeurs de droit international, de géopolitique et de stratégie, etc.).

Pour les intellectuels et essayistes du village global, ces « citoyens du monde » et ces penseurs  »american express » de chambres d’hôtels qui écrivent leurs aphorismes multi-culturels sur les fesses de call-girls défoncées, la France n’est plus qu’un sujet de composition pour élèves de Terminale et leurs misérables professeurs aux regards de chiens fidèles et casaniers, cou-couche panier, papattes en rond, comme disait mon ami Figaro. Mais tandis qu’ils composent, humblement, et réfléchissent, inquiets, à l’avenir de leur pays, les essayistes de la jouissance mondialiste redoublent d’arrogance et de profits interlopes. Le triomphalisme de B-H. L, cheveux au vent, chemise ouverte, son nomadisme désinvolte, outrecuidant et imposteur au service d’un sionisme inconditionnel, illustre de façon quasi grotesque ce dualisme pour l’instant pacifique… Soumise aux « grands argentiers de la planète », aux « forums » d’une oligarchie de proconsuls impériaux et de notables urbains clientélistes, aux directives d’un petit groupe de commissaires européens soudoyés par les conseils d’administration des multinationales, la France, cette ancienne « princesse des contes et madone aux fresques des murs », est devenue une figurante de second plan de film porno, à peine visible dans les « super-positions » du mondialisme partouzeur, où gémissements, plaintes, protestations et supplications se confondent. Les professeurs de collège et de lycée, ces esprits naïfs aux âmes de communiantes, s’efforcent encore aujourd’hui, malgré la pression qu’exercent sur la jeunesse les médias liquéfacteurs et liquidateurs de la nation, de trouver à la France, à sa langue, à sa culture, à son histoire, à sa géographie, des éléments de charme et d’admiration. Parfois hélas, leur gentillesse compassée les conduit à proposer des textes quelque peu éculés, pour ne pas dire légèrement cucul, comme cet extrait de « L’élégance du hérisson » de M. Barbéry qu’on trouve dans tous les manuels. Mais ne simplifions pas outre mesure; de nombreux professeurs font preuve aussi d’une pédagogie hardie, novatrice et tonitruante; ils (et elles) renversent les clichés des anciennes histoires et les manières retenues, figées, guindées de leurs collègues vieillissants ou fatigués (souvent les deux),  »dépoussièrent » la littérature et l’histoire de France, ouvrent les fenêtres de leurs classes aux vociférations de la rue, et plutôt que de « karchériser » les banlieues, brûlent au lance-flammes les images d’Epinal du pays profond, tout cet imaginaire dix-neuviémiste de petits villages moisis et de grottes suintantes au fond de vallées si encaissées que les cartes ne les signalaient même pas, tandis que la France se donnait la mission d’aller vouloir civiliser des contrées africaines.

Deux ouvrages récents nous font ou refont le portrait et le tableau de la France; celui de l’historien anglais Graham Robb, déjà signalé dans ma chronique du 2 janvier, emprunte le genre ethnographique explorateur (un genre où les Anglais ont de l’expérience) et délivre une « découverte de la France » (titre original) au XIXe siècle; l’auteur entend montrer un pays beaucoup plus étrange et insolite que ce qu’ont pu en dire les histoires et les géographies officielles, censées légitimer l’existence d’une nation émancipée, par ailleurs composée de régions complémentaires et agréablement agencées (c’est le message du Tableau de Vidal de La Blache, paru en 1903, l’année même où débute le Tour de France cycliste). Aucunement, selon G. Robb, qui insiste au contraire sur les enclavements et les isolements des terroirs et des villages, qui souligne au passage la « colonisation » par l’Etat central de cette France rurale et provinciale dont l’état de civilisation n’était alors guère plus avancé que celui des colonies de l’extérieur. L’autre ouvrage abonde dans le même sens, c’est celui de François Reynaert, « Nos ancêtres les Gaulois et autres fadaises », une agréable et très simple histoire de France, en un petit volume de poche de 700 pages, pour 7,5 euros. Journaliste et chroniqueur au Nouvel Obs, F. Reynaert fait la chasse aux « clichés patriotards » et au « chauvinisme bêta », il veut de nouveau brûler ces images d’Epinal qu’on croyait révolues, ces tentatives nostalgiques de réinterpréter l’histoire de France en y exagérant des notions (identité et souveraineté nationale par exemple) que certains faits selon lui démentent. Ainsi F. Reynaert  n’a que l’embarras du choix, dans l’historiographie des vingt dernières années, pour montrer les envers des décors royaux, les luttes intestines, les échecs diplomatiques, l’infâmie esclavagiste, les combats d’arrière-garde de la religion catholique, etc. « Comment peut-on encore être Français ? » devrait-on s’interroger à la fin de cette histoire. Mais loin de provoquer le désarroi, ni même l’embarras, le livre de M. Reynaert procure l’apaisement, une sorte de tranquille ironie condescendante à l’égard des Cassandre du nationalisme, du souverainisme et de la République gaullienne. Cette lecture agréable et charmante contribue à « dépassionner » les enjeux et les débats, à faire en sorte qu’il n’y ait même plus de débats, et que nous soyons tous « d’accord sur l’essentiel », comme je l’ai souvent entendu de la bouche des inspecteurs d’histoire-géo. Le livre de F. Reynaert  s’inscrit parfaitement dans cette stratégie scolaire et culturelle du politiquement correct, alors même que nos dirigeants font preuve de toutes les incorrections possibles et se confortent les uns les autres dans une indécence extraordinaire, à l’encontre même de cette « décence ordinaire » qui caractérise la population, voire le peuple, dont ils souhaitent les suffrages. F. Reynaert se garde bien de cette analyse orwellienne, et son livre esquive la période récente, expédiant en quelques pages les cinquante dernières années de la République, et reprochant à de Gaulle de n’avoir rien compris à son époque; la conclusion du livre est par conséquent désopilante de nullité et de  »fadaises », on pourrait croire à un éditorial de Jean Daniel, à un armistice républicain sanctionnant la défaite de la nation et préparant la collaboration de la France avec l’Empire. Mais quel Empire ? Allons ! dirait F. Reynaert, vous délirez !  L’antinationalisme est précisément la seule façon de penser la complexité géopolitique de notre monde, et l’histoire doit aussi contribuer à se défaire des clichés et des images d’Epinal qui ont abusé de nos consciences. Un nouveau « nous », un nouveau « vivre ensemble » se dessine, certes encore flou mais qui se met au point peu à peu; l’histoire de France est une manière d’élargir le regard et de se préparer à voir plus facilement et plus rapidement la mutation nationale ou post-nationale qui se produit depuis plus de trente ans… Mais qui ne dit, au contraire, si l’ »antinationalisme » bien-pensant et optimiste de M. Reynaert, cet « empire du bien » dont parle P. Muray, ne débouchera pas demain sur une France livrée à des fureurs fanatiques ? On pourrait regretter, alors, cette image d’Epinal du banquet de sangliers en compagnie de nos joyeux ancêtres gaulois…                                                        

      

                  



A propos des jeunes et de ma nièce

 

J’ai revu pendant les vacances l’une de mes nièces; elle a 25 ans, elle est mariée depuis deux ans, et elle attend un bébé pour début juin. En dehors de son métier d’infirmière, à l’hôpital de Nantes, elle est pompier volontaire avec le grade d’adjudant. Jeune femme très chaleureuse et pleine de mots gentils pour son oncle, je ne suis pas loin de penser qu’elle est un exemple et un modèle à suivre. Il y a quelques années, j’avais une opinion un peu différente à son égard, quand elle passait le bac avec une certaine désinvolture, préférant les sorties nocturnes aux révisions de ses cours. Mais une fois le bac en poche, elle a très bien mené sa barque; elle s’est d’abord décidée pour des études supérieures courtes et pratiques; puis elle a trouvé un copain, et un bon, pompier professionnel à  Paris (il vient d’obtenir sa mutation pour Nantes). La famille très religieuse de celui-ci a exigé un mariage dans les formes: mairie, église, vin d’honneur, banquet, bal, etc. Le jeune couple n’a pas protesté, ce n’est pas lui qui payait. Il a décidé ensuite d’acheter une petite maison à St Sébastien sur Loire (agglomération de Nantes). Les parents ont beaucoup aidé aux travaux d’aménagement et de décoration. Ma nièce va au travail en vélo, elle a le mollet ferme (après avoir eu la cuisse légère) et son mari est un ancien champion amateur (il a plusieurs fois grimpé le Ventoux, le Tourmalet, le Galibier, etc.), qui a conservé un souffle excellent et un appétit impressionnant (je l’ai vu engloutir 24 huîtres en une demi-heure, moi qui au bout de trois ou quatre commence à me sentir mal). 

A travers l’exemple de ma nièce, bien que ce ne soit qu’un exemple,  je devine l’existence d’une jeunesse française dont la vitalité et l’innocence (la naïveté ?) pourraient constituer un très bon démenti aux observations habituellement amères et désabusées des adultes. Je ne suis pas sans une certaine admiration pour cette jeunesse pragmatique et sportive qui ne connait pas, comme je les ai connus, les affres de l’intellectualité, et d’une méchante intellectualité à base d’examens et de concours aléatoires; une certaine admiration pour cette jeunesse qui « fait le bien », sans avoir lu Kant, sans aller consulter monsieur le curé, sans manifester dans la rue en brandissant le petit livre « Indignez-vous ! » écrit par un ancien diplomate de 90 ans. Le comportement de ma nièce me fait penser aussi à celui d’une charmante et très sage élève de Terminale S d’il y a deux ou trois ans, toujours ponctuelle, toujours polie, très rigoureuse sans être engoncée (elle avait parfois de ces décolletés ravageurs… Je les revois encore) et elle aussi très pragmatique dans sa bonté, se destinant à la profession de « sage-femme ». Oui, il faut admirer ces personnes qui font réellement le bien et ne se complaisent pas dans la bonne conscience. Ma nièce n’a d’ailleurs jamais entendu parler des bien pensants, et à peine des bobos, dont je brocarde très souvent sur ce blog les vanités cultureuses et la piètre dépense d’énergie purement festive et touristique. Les voyages de ma nièce sont pragmatiques, souvent bon marché ou en promotion, et il s’agit pour elle, et pour son mari, de se dépayser, de se rebronzer un peu, de faire l’amour avec une émotion renouvelée. Elle est allée récemment à Venise, et le compte -rendu qu’elle m’en a fait était absolument délicieux, car je n’y ai pas reconnu un seul instant les traits de la célèbre ville; au fond, me suis-je dit, ma nièce est un esprit universel, détachée des obligations admiratives culturelles et des vanités littéraires qui embourgeoisent ce type de tourisme.  

J’observe, comme professeur, un détachement croissant des jeunes pour les études; du coup, ce sont les études qui s’efforcent de se rapprocher de cette jeunesse désinvolte, par toutes sortes d’actions et d’opérations pédagogico-démagogiques, comme celle de diminuer la difficulté du bac; beaucoup de jeunes, comme ma nièce, ne veulent pas ressembler à leurs aînés, qui ont fait de longues études, mais ne s’en trouvent pas mieux pour autant; au contraire, la lecture prolongée favorise l’isolement, et certains auteurs donnent même des idées noires (« Mort à Venise »); les intellos, pour le coup, peinent à « profiter de la vie » et à cultiver le « goût des autres »; ils se posent trop de questions, se perdent en conjectures, et n’agissent pas assez; leur culture est empruntée, maladroite, timide, et leur philosophie tirée de magazines ne leur donne pas forcément le « sens du bien ». L’exemple de son oncle a sans doute orienté ma nièce vers une vie active et utile. En effet, ces jeunes gens que les professeurs jugent démotivés, paresseux, flagada, souvent on les retrouve quelques années plus tard dans des métiers fort prenants et dans des attitudes des plus énergiques; par une sorte d’intuition ils se préservent et se réservent à l’école, en gardent sous la pédale, comme on dit, pour ne produire leurs efforts qu’une fois dans la « vraie vie ». L’écrivain et éditeur Jean-François Bouthors porte un point de vue encore plus généreux que le mien sur la jeunesse française: « … elle a l’esprit affûté. Elle croit en elle et dispose de ressources profondes… [elle] est déjà à l’aise dans la France de demain qui sera diverse, multiculturelle, pluriconfessionnelle… Elle n’a pas tardé à oublier de compter en francs… Elle a grandi dans un monde qui s’est très largement transformé… Par conséquent, elle sait qu’il faut penser autrement. » (Ouest-France, 28/12/2011)

Mais le lendemain, dans le même journal, on pouvait lire un autre point de vue: « Deux très jeunes filles échangent si bruyamment qu’au bout d’une heure de trajet, je décide de les appeler, d’un ton aimable, à plus de discrétion. Réaction presque indignée et empreinte d’arrogance: « Mais Monsieur, si on vous dérange, vous n’avez qu’à changer de place ! » – Le sociologue Jacques Le Goff, qui rapporte cette anecdote ferroviaire, s’interroge ensuite sur la capacité de notre société et de notre Cité à intégrer autant de comportements sans gêne; la limite avec la désinvolture est vite franchie en effet. Bien sûr, j’ai moi aussi, comme tout professeur, mon lot de souvenirs désagréables, d’élèves prétentieux, irrespectueux, agressifs, zombis,etc. Et je constate au lycée la progression du bavardage, voire du bruit dans les couloirs, ce que mes collègues de collège vivent depuis des années. Ce matin, à 8 heures et quart, je me rends tranquillement au CDI; dans la salle polyvalente, j’entends un groupe d’élèves s’adonner à une répétition de rock « heavy », avec batterie et guitares électriques à plein tube; mais comment font-ils, me suis-je étonné en moi-même, à 8 heures du mat ?! – J’avais encore à l’esprit cette réflexion lue hier soir dans mon Schopenhauer: « Je nourris depuis très longtemps l’idée que la quantité de bruit que chacun peut supporter sans difficulté est en raison inverse de la puissance de son esprit… Voilà pourquoi quand j’entends dans la cour d’une maison des chiens aboyer sans cesse des heures durant, sans qu’on les fasse taire, je sais déjà à quoi m’en tenir quant aux forces intellectuelles du propriétaire. Celui qui a l’habitude de claquer les portes au lieu de les fermer avec sa main, ou qui tolère ce comportement dans sa maison, n’est pas seulement un homme mal élevé, mais aussi grossier et borné. .. Nous deviendrons parfaitement civilisés seulement quand nos oreilles auront elles aussi droit de cité, et quand plus personne ne sera autorisé, dans un périmètre de mille pas, à venir troubler la conscience d’un être pensant par des sifflements, des hurlements, des vociférations, des coups de marteau ou de fouet, des aboiements, etc. » ( « Le monde comme volonté et représentation », Livre I, chap. 3, vol. 2, op. cit. p. 1191)     

Cette recrudescence du bruit et du bavardage s’explique aisément: la jeunesse pragmatique use du langage comme outil de communication; on voit même des professeurs (de langue notamment) valoriser cet utilitarisme aux dépens de la « spéculation » et de la « réflexion » silencieuses. La société de consommation et les médias organisent depuis vingt ans une formidable course à la communication; ne pas communiquer devient suspect; certaines familles appellent le psychiatre, le psychologue, le « coach » ! Communiquer présente enfin un autre avantage non négligeable, contenu dans le mot. Par conséquent la société devient bruyante, et comme le disait déjà un personnage du film « Tenue de soirée » de B. Blier ( 1986 ), « il faut gueuler maintenant pour se faire entendre ! » – Autrefois on mettait en garde les jeunes contre un certain plaisir solitaire qui pouvait rendre sourd… Maintenant la copulation compétitive acharnée (et très vite désabusée) à laquelle ils se livrent avidement contribue à maintenir notre société dans une ambiance de bruit et d’arrogance festive alcoolisée dont l’un des effets est de diminuer la réflexion, la compréhension et la tolérance. Les autres effets sont assez connus: ma nièce et son mari sont de plus en plus atterrés par les interventions qu’ils effectuent comme pompiers.                



A propos du froid qui ne vient pas

 

Le froid ne vient pas, et c’est étrange; la saison semble décalée; en Décembre on a eu le temps de Novembre; il a beaucoup plu sur toute la France, entre le 15 et le 31, plus de 650 mm dans le pays de Vitré (35) réputé par sa forte consommation d’eau. Ce temps humide n’est pas favorable à la santé; l’arthrose se réveille; « avec l’âge les raideurs se déplacent » disent les hommes de plus de 50 ans. La position assise n’est pas forcément la meilleure; saint François la déconseille, et recommande de marcher dans la neige, si possible nu- pieds. Le froid sec et vif venu de l’Europe continentale (d’un axe Berlin-Moscou) nous ferait donc le plus grand bien. Hélas, notre société surchauffée ne pense qu’aux chaleurs tropicales et exotiques; les présentateurs météo sont les premiers à montrer leur préférence pour les influences climatiques méridionales; un jour viendra où la météo télévisée sera annoncée par une jeune femme en bikini. Ces apparences dévêtues et chaleureuses qui caractérisent notre société ne sont point confirmées tout au contraire par ses fonctionnements et ses raisonnements; une certaine froideur susceptible se dégage bien souvent des personnes extérieurement chaleureuses; et l’inverse n’est pas sûr du tout.

Dans « Hammerstein ou l’intransigeance », le romancier et essayiste allemand Hans Magnus Enzensberger dresse le portrait d’une famille aristocratique aux allures très froides et très laconiques, tandis que Hitler galvanise les foules et que les nazis mènent des actions incendiaires. Le général Kurt von Hammerstein se tient sur la réserve, et du reste il obtient une retraite confortable de l’armée du Reich; l’assassinat par les SS de son ami von Schleicher, dernier chancelier avant Hitler, le confine encore plus, même s’il assiste aux obsèques; son intransigeance ressemble plutôt à du mépris, celui qu’il conçoit pour les nazis; ses filles nouent des relations avec des Juifs et des communistes, et vont même en URSS, ce qui n’est pas contraire au réalisme géopolitique et militaire que les grands officiers aristocrates de la Reichswehr préconisaient avant l’arrivée de Hitler au pouvoir. On sait d’ailleurs que celui-ci fit preuve de prudence, jusqu’en 1936, à l’égard de cette caste qui avait beaucoup de prestige et d’influence dans la société et dans l’économie allemandes. Une alliance objective, comme on dit, empêcha toute action de la noblesse contre un régime ouvertement populiste, mais très pragmatique dans ses choix. Les Hammerstein jouèrent de cette alliance, et ne s’engagèrent jamais bien loin dans la « résistance » au nazisme; celle-ci fut plus de parade que de réalité, ainsi qu’en témoigne un peu la photo style Harcourt du fils, Kunrat von Hammerstein, que l’on voit pistolet à la main, lunettes, cravate et chapeau bien ajustés; quant aux filles, leurs relations judéo-communistes leur offrirent un après-guerre assez confortable, même si l’une d’elles fit le choix de la RDA. Des bourgeoises bien-pensantes ! Aucun des membres de cette illustre famille n’est mort aux combats; aucun, en fait, n’a combattu. Hammerstein ou l’intransigeance ? On pourrait tout aussi bien dire, Hammerstein ou l’opportunisme. Ce livre, en tout cas, eût été excellent, matière à ironie et à sarcasme, s’il avait été écrit par un Thomas Bernhard en pleine forme; mais là, sous le regard complaisant d’un ex gauchiste libéral bien fatigué, c’est un livre gentil, inoffensif et assez inutile (1).

Entre deux averses, je suis allé voir le cargo maltais échoué sur la plage d’Erdeven (56), là même où l’été, d’épouvantables nudistes allemands, les descendants de ces cons d’Hammerstein, se font rotir la couenne en prenant des airs de satiété bedonnante; des milliers de touristes ont photographié, de loin, le bateau enfoncé dans le sable; je me suis demandé ce que signifiait cette curiosité, quelques hypothèses me sont venues à l’esprit en observant mes semblables; – la volonté de vérifier de ses yeux une information vue à la télé, et peut-être l’expression d’une méfiance à l’égard des médias ? – la bassesse terrienne de ces humains en échec réjouis de voir un bateau échoué et se reconnaissant dans lui ? - la manifestation d’une futilité plutôt navrante chez tous ces gens qui s’ennuient ? – le besoin de marcher en se donnant un « objectif » ? En rentrant je suis passé par le cimetière d’Erdeven, où l’on peut voir l’étonnant mausolée de la famille Chira et de nombreux autres, plus petits, de la famille Michelet; ce sont, parait-il, des familles gitanes qui ont réussi dans certaines affaires… En soirée la télévision a rediffusé le film « Amadeus » de Milos Forman. Les historiens et musicologues ont écarté aujourd’hui l’hypothèse d’un empoisonnement de Mozart, soit par Salieri, soit par les Francs-maçons; même s’il existe encore une bonne centaine de causes pour expliquer  la brusque détérioration de la santé du génial compositeur, au cours de l’automne 1791, la plus vraisemblable est celle du « coup de froid » qu’il aurait attrapé en pleine effervescence créatrice: en quelques semaines, Mozart compose La Flûte enchantée, La Clémence de Titus, le Requiem et une Cantate de l’amitié. Et sur sa tête bouillante le médecin appelé en urgence ne trouva rien de mieux à faire que d’appliquer des compresses glacées. Le film invente totalement la scène où Mozart à l’agonie dicte les dernières mesures du Requiem à Salieri, l’ennemi juré, présent en personne au pied du lit; c’est au contraire avec son très cher ami Sussmayer que Mozart passa ses derniers instants; quant à sa femme, Constance, elle ne fut pas, comme le suggère le film, une femme sensuellement distante mais financièrement pressante; les biographies sérieuses la présentent comme une très bonne conseillère, très aimante, et Sollers va même jusqu’à idéaliser la symbiose et la connivence du couple. 

 Faut-il réhabiliter le sexe féminin en général ? L’amour, on le sait, souffle le chaud et le froid; la fièvre est le propre du tempérament passionné; pour une appréciation plus tempérée, on lira « Une histoire buissonnière de la France » de Graham Robb (2), où l’on apprend que les femmes travaillaient autrefois beaucoup plus que les hommes, aux champs comme à la maison, où l’on voit aussi leur rôle déterminant dans le renouveau catholique au XIXe, à travers par exemple les apparitions d’une belle dame immaculée à la petite bergère Bernadette Soubirous. Evidemment, l’incrédulité masculine et machiste redouble d’insolence. J’en veux pour preuve cette récente plaisenterie: « Connaissez-vous l’histoire du mari qui va à Lourdes avec sa femme  ? Eh bien il n’y a pas eu de miracle: il est revenu avec. » 

(1): Hammerstein ou l’intransigeance, 2008, puis 2010 pour la traduction française, Gallimard, folio, 2011.

(2); G. Robb, « Une histoire buissonnière de la France », 2007, puis 2011 pour la traduction française, Flammarion.     

 

           



Respiration-1 |
Qu'on se le lise! |
Un blog réservoir |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | respiration2
| respiration3
| Lirado