A propos de la crise qui vient

 

Sans doute les fêtes de fin d’année vont-elles donner aux naïfs et aux idiots l’impression que la vie est belle; d’après un sondage les Français ont même envie de dépenser encore plus cette année pour leurs cadeaux et leurs bons repas. Qu’ils en profitent. Le premier semestre 2012 sera en effet cataclysmique.

D’abord va se produire l’effondrement financier du monde occidental, qui verra en quelques semaines des millions de gens ruinés. J’en ferai partie. On assistera à des pillages de banques et de magasins. Quelques responsables politiques, n’ayant pas fui, ou croyant encore leurrer la population, seront lynchés en public. Des jeunes gens en cagoule violeront des femmes dans les rues, des librairies et des églises seront brûlées. Les grandes villes sodomites du capitalisme mondialisé (New York, Paris, Londres) seront particulièrement dévastées, des outrages inouïs s’y produiront, mais sans images, les journalistes ayant été massacrés. Seuls deux ou trois chroniqueurs écriront quelques pages, que personne ne lira avant l’an 2100. Les pouvoirs politiques supérieurs auront abandonné leurs postes dès les premiers jours du chaos, par conséquent les forces de l’ordre participeront au désordre; on verra alors la vraie nature crapuleuse et violente de la plupart des policiers. La survie passera par la prudence la plus austère ou bien par l’impudence la plus débridée; les chastes les plus calmes et les lubriques les plus exorbitants se sauveront tandis que les intermittents de la baisade seront inexorablement exterminés; quoi qu’il en soit, plus d’un tiers de la population périra, dans les incendies, par le froid, la faim, la soif, les maladies, ou par des tentatives de fuite désespérées. 

Je vais donc m’appliquer à écrire mes dernières chroniques. Un genre de bilan peut être dressé. Mon sentiment sur ce monde est mitigé. J’aurai apprécié la tendresse de certains animaux et l’amitié de quelques personnes. Mais globalement mon expérience sociale aura été décevante. Je n’aurai donc pas grand regret à voir s’effondrer un système où je n’aurai pas été chanceux. Trop de joueurs, trop de règles, trop de triche. La langue française aura été ma consolation; mais la France comme nation et comme Etat m’aura donné bien de l’amertume. J’aurai vu l’un des plus beaux pays ruraux du monde devenir en quelques décennies un parc d’attraction touristique pour gros cons et une galerie marchande pour salopes. La figure et le verbe du général de Gaulle m’auront inspiré de l’ironie, tandis que les Giscard, Chirac, Balladur, Jospin, Sarkozy auront été les hérauts de la bêtise économique. Si je survis à la crise, je me ferai l’historien philosophe de cette vulgarité commerciale, à laquelle auront contribué des millions de citoyens, par leurs votes, par leurs opinions, par leurs moeurs.

En attendant, il me semble que je réalise ma meilleure année d’enseignement; le chant du cygne sans doute. Je réussis l’exploit pédagogique de résumer la guerre froide en deux heures. Malgré la lourde insistance des programmes sur la brutalité du monde, et les crimes contre l’humanité, mes explications sont légères et presque cavalières. Ben Laden ? Un drogué pervers ! Milosevic ? Empoisonné ! Je réfute la thèse de la « haine des peuples » et du « conflit de civilisations » (véhiculée par les élèves) pour lui opposer celle de la cupidité et de la vanité des dirigeants; l’éclatement de la Yougoslavie a été provoqué au sommet, et non par la base. L’islamisme ? En grande partie instrumentalisé. Je ne dis pas que les peuples sont bons, je crois qu’ils sont avant tout faciles à manipuler. Comme professeur je suis bien placé pour m’en rendre compte. L’une de mes classes, sans doute séduite par la qualité de mon verbe et la force de mes explications, souhaite que je me présente aux prochaines élections présidentielles. En attendant, certains de ses élèves ont décidé de me surnommer L’Incorruptible, ce qui ne me fait que moyennement plaisir, car je connais le sort qu’on réserve à ce genre de personnage.

Mes soirées sont studieuses: je lis, j’écris, j’écoute la radio. Je ne regarde presque plus la télé, instrument de la domination idéologique, entre les mains d’une bande de collabos au service d’une mafia d’oligarques judéo-maçonniques (membres du Siècle). Encore un exemple cette semaine; Arte a diffusé « This is England », un film bien noté par la critique bien-pensante de gauche; fatigué de mes exploits pédagogiques, je m’accorde la complaisance de le regarder. Résultat ? Une grosse merde ! Film consternant, ridicule, idiot. Je vais me coucher en hurlant de rire. Seule satisfaction télévisuelle récente, un documentaire animalier relatant la survie d’une petite faune aux abords de l’aéroport de Francfort. On pouvait y entendre un commentaire d’une grande qualité. « Les faons sautillent malicieusement dans les prés… Les renardeaux se sont habitués aux avions et savent qu’ils sont inoffensifs… des lapins s’observent dans les lumières jaunes des projecteurs… un vieux lièvre s’étonne de voir passer un pompier à une heure aussi tradive… les faons connaissent bien la petite taupe et savent qu’elle a ses habitudes… par nuit claire le rut du daim marque le point culminant de l’automne… les mâles tentent d’impressionner les femelles par des cliquetis et des grognements guindés… » En dehors de ces rares moments d’attendrissement, mes soirées sont de plus en plus maussades (celles de BHL aussi mais pour une autre raison) et occupées par la consultation de sites internet à caractère géopolitique, économique et social; j’y puise de plus en plus de renseignements, qui à force orientent mon esprit vers une forme d’austérité  cynique et martiale; j’en arrive à ne plus pouvoir lire les petits romans de la distraction culturelle contemporaine (tout ce qui se publie aujourd’hui.), qui font l’éloge du multiculturalisme, du féminisme et d’un humanisme canaille-racaille. Seule la lecture des Anciens me semble compatible avec la rigueur de mes pensées, et celle encore plus grande de la crise qui vient.



2 commentaires

  1. Le néo-réac 28 novembre

    En effet, notre espérance de vie diminue de jour en jour. Mais à vitesse anormalement élevée. Les achats compulsifs des Français en décembre témoignent, pour quelques uns d’entre nous, de la conscience que c’est la dernière fois. J’en fais partie, j’envisage de m’offrir pour au moins quatre mille euros de meubles, dont un Chesterfield. Avant qu’il n’y ait plus ni euro, ni Eros, ni meubles, ni immeubles. Pour la grande majorité des autres, les acheteurs qui ne font pas de politique, cela marque leur aveuglement définitif.

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  2. Ferdyduke 29 novembre

    Viking fais moi peur !

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