A l’ombre des intellectuels

 

Les intellectuels, qu’ils soient professeurs, chercheurs, essayistes, généralistes,  ont une vocation commune, celle de ne pas parler d’eux, du moins pas avant d’avoir acquis une notoriété suffisante, après 50 ans, qui les autorise à écrire ce que tout le monde sait déjà, ou ce dont personne ne se soucie. Cette discrétion ou ce silence autobiographique est une impérieuse obligation de travail, celle qui permet en toute conviction de s’intéresser aux autres, au monde, à l’univers. Bien sûr, cet intérêt doit rester prudent et distancié, de façon à ne pas rompre le pacte de bonne conduite intellectuelle, qui exclut tout sentiment possessif, toute personnalisation insidieuse ou véhémente, synonyme de jalousie, d’intolérance, de mauvaise foi. Cet intérêt sans passion s’avère très bon d’une certaine manière pour écrire des livres d’un grand calme qui détendent l’esprit. 

La lecture, sous des dehors d’activité facile, paisible, rassurante, s’avère en fait une opération des plus délicates; pourquoi tel livre plait et non tel autre, la question mérite examen. Les réponses proposées, bien souvent, ne s’embarrassent pas de nuances, elles s’abattent même assez lourdement sur les auteurs, et ne disent pas un mot du lecteur. Modestie ? Prudence ? Au contraire. Ne parlant pas directement de lui, le lecteur n’en finit pas de le faire indirectement, en utilisant les livres et en « instrumentalisant » ce qu’il lit. Mais ce n’est pas encore assez.   

Se forment en effet des groupes de lecteurs et lectrices, des communautés de critiques, des bataillons de partis-pris: ainsi vous trouverez le « nous » professoral de gauche qui dénigre les romans qu’il juge mondains et bourgeois, le « nous » féministe qui voit des auteurs misogynes partout, le « nous » des dandys qui se moque des romans populaires, sans oublier le « nous » judéo-chrétien consterné par la pornographie, et bien d’autres « nous » encore, religieux et politiques, ayant tous leurs susceptibilités, leurs intolérances. Ainsi, du calme de la lecture et de l’intérêt sans passion des intellectuels sortent  des polémiques, des rivalités, des affrontements. On peut se l’expliquer d’une autre manière: lecteurs et lectrices ont assez d’énergie pour se livrer à de petits combats virtuels mais n’en ont pas assez pour affronter leurs propres réalités, culturelles, sociales, intellectuelles, ou psychologiques. La psychologie, précisément, est très utile comme discours de l’excuse avec ses airs importants de grande dame pudibonde; c’est la vanité des petites âmes qui s’en prennent aux grandes; c’est le divan qui croit remplacer le divin.              

Admirez plutôt comment saint Isaac de Syrie, dès la fin du VIe siècle, décrit son plaisir de lire, à la fois modeste et glorieux.

 » Je pratique le silence, afin que les mots de mes lectures et de mes prières me comblent de ravissement. Et quand le plaisir de comprendre impose le silence à ma langue, alors, comme dans un rêve, j’accède à un état où mes sens et mes pensées se concentrent. Ensuite, quand grâce à la prolongation de ce silence le tourbillon des souvenirs s’apaise dans mon coeur, d’incessantes vagues de joie envoyées par des pensées intérieures, au-delà de toute attente, surgissent soudain au grand délice de mon coeur. » (cité par Alberto Manguel, « Une histoire de la lecture », Actes Sud, 1998, coll. Babel, p. 83)                       

 

 



A l’ombre de Marcel Proust

 

Ciel bleu, dégagé, produisant sur l’homme un appel d’air, une impression de force et de joie aériennes. Bientôt l’Ascension puis la Pentecôte. Enfin de vraies perspectives dans ma vie sédentaire de professeur tristement monoglotte.

Le volcan islandais nous a fait du bien: puissant élément géologique éjaculateur répandant sa poussière (en espagnol, le mot poussière, « polvo », sert à désigner l’action sexuelle:  ! me gusta echar un polvo !) sur une Europe féministe, bavarde, et stérile. Les Grecs souffrent, on les comprend.  

Je vais me promener sur la côte fleurie. Cabourg, dix heures du matin. Marcel Proust vient de s’endormir. Il a écrit et s’est masturbé toute la nuit (« Longtemps je me suis touché de bonne heure »). La mer est bien calme, quelques petits clapotis au loin, comme dirait l’autre con. Je scrute l’horizon. Désir d’infini. Désir infini. « El mar y el cielo se ven igual de azules y en la distancia parece que se unen. Mejor es que recuerdes que el cielo es siempre cielo que nunca, nunca, nunca el mar lo alcanzara » chantait l’autre soir Luz Casal. 

Il faut être seul et bien seul pour avoir un peu le sens des immensités qui nous entourent et nous dépassent. Je me sens merveilleusement attentif. Autour de moi, devant, derrière, des couples bavardent, joggeurs et joggeuses en petite foulée; ça transpire et ça suinte, comme cette femme, brune frisée, la bonne quarantaine, dont je capte quelques mots: « De toute façon je suis plus forte que lui, c’est mon caractère qui veut ça, mais du coup parfois je suis sans doute dégueulasse avec lui sans que je m’en rende compte… » C’est dire qu’elle ne courait pas bien vite la connasse. Elle parvient quand même à me dépasser. Bourrelets. Bourre-les !

Allons déjeuner. La serveuse est magnifique. Elle a quelque chose d’arabo-soudanais. Quelle ethnie ? Je ne saurais dire. Teint très foncé, yeux bleus, cheveux épais, frisés, crépus, et un corps… Je m’accroche à la table. Elle s’approche. Je lui fais remarquer la pureté du ciel sans avions. Comme mes intentions. Je commande une demi-bouteille (ça s’appelle une « fillette ») de Riesling. Elle me remercie d’un sourire aussi tendre et sérieux que celui d’une madone. Je te peindrais bien ma petite si j’avais le pinceau assez long. La voici déjà de retour avec la bouteille; ses petits doigts glissent sur le goulot mouillé, elle n’arrive pas à enfoncer le tire-bouchon. Un autre serveur, le genre éphèbe, vient à son secours. Scène touchante. J’aimerais bien les bénir ces deux-là, si j’avais mon goupillon. 

Marche digestive. Sur la plage, quelques femmes charnues (des hommes aussi mais j’y suis moins attentif) exposent leur trop-plein de graisse, tout comme leur manque de grâce. Il faut s’appeler Rubens pour combiner les deux en une synthèse chatoyante. Les magazines se contentent depuis peu de faire campagne en faveur des rondes. Il y a un gros marché. Le poids moyen des Françaises est de 62,4 kg.

La côte fleurie entre Cabourg et Deauville a inspiré à Marcel Proust le titre du deuxième volume de sa Recherche: A l’ombre des jeunes filles en fleurs. L’ambiance balnéaire est familiale, beaucoup de gens se connaissent, comme à l’époque où l’écrivain venait s’y reposer (c’est du moins ce que croyait sa maman). Elle devaient bien rigoler, les jeunes filles en fleurs, de ce jeune homme si délicat réfugié au Grand Hôtel. De ses petites manières à la fois douceureuses et impétueuses; de ce regard si noir, de cette peau si blanche. Les jeunes filles n’étaient pas seulement drôles, elles étaient gaies… L’une d’elles s’appelait Marcel Plantevignes (voir le très bon livre de C. Péchenard, « Proust à Cabourg »).

La lecture de Proust est à déconseiller aux jeunes gens (ce qui pourrait peut-être leur en donner l’envie). Elle est de nature à rendre l’esprit trop subtil et quelque peu confus; rien n’est moins propre à la réussite scolaire et sociale. Les professeurs demandent des plans en bonne et due forme; des raisonnements qui se tiennent. Proust n’en finit pas d’être hors-sujet; du reste, quel est le sujet de sa Recherche ? Le temps ? C’est bien vague. Plus ennuyeux pour les jeunes gens: cette lecture jette un regard bien pessimiste sur l’amour, du moins sur les relations sentimentales et sexuelles. Pessimiste, c’est peu dire, pervers oui ! Ainsi donc les jeunes filles ne sont pas vraiment des jeunes filles ? C’est du propre. 

Ne vous fiez surtout pas aux citations de l’écrivain placées derrière le Grand Hôtel, même si elles peuvent donner une petite idée de son style, surchargé, baroque, mais en l’occurrence un peu mièvre. Ne vous fiez pas davantage aux professeurs de Français, et pour cause, ils ne parlent pas de Proust. Ne vous fiez à personne. Soyez méfiants tout en étant discrets, polis, courtois, et très hypocrites. Alors c’est une lecture qui vous plaira, que dis-je, qui vous comblera.                                  

    



Aimables considérations sur l’odeur

L’homme n’émet pas d’odeurs assez fortes susceptibles d’attirer jusqu’à lui une femelle. L’individu moderne, comme l’a montré l’historien Alain Corbin, se distingue de ses ancêtres par l’atténuation de ses odeurs « sui generis » au moyen de savons et de doux parfums. Sentir bon, aujourd’hui, veut dire sentir peu, et dégager de soi une odeur impropre, c’est à dire propre aux autres. Les sentiments que vous pourrez inspirer dépendent avant tout de ceux que vous laissez respirer. 

Il est amusant de constater que l’homme sent mauvais dès qu’il ne se nettoie pas ou ne change pas ses vêtements; sans oublier ses pets et ses rots, que, bien élevé, il garde pour lui. Amusant, oui, car l’esprit de sérieux et de réflexion de cet homme se trouve immédiatement stoppé dès qu’une mauvaise odeur survient. Quel professeur d’histoire, de lettres, de sciences n’a pas un jour été interrompu en pleine explication par un: « M’sieur ça pue ! Il a pété l’autre ! » – L’odeur vient rappeler son existence, ou plutôt son essence, quand tout est fait dans les études et les considérations savantes sur l’homme pour l’évacuer, du moins pour en réduire la présence et la manifestation.

Il serait amusant par exemple de proposer sous certains tableaux de Rubens des petites fioles qui contiendraient leur expression olfactive. On serait peut-être, probablement, épouvanté. Il apparaît donc que notre admiration pour Rubens vient du fait qu’il peint des personnages dénudés et charnus qui ne sentent rien, alors qu’ils devraient sentir quelque chose, et un quelque chose que nous jugerions sans doute aujourd’hui très mauvais selon nos critères hygiénistes. Notre nez qui ne sent rien se trouve par conséquent mis au service du regard et la force de celui-ci est doublée. « L’oeil écoute » a pu écrire Paul Claudel à propos de la peinture hollandaise, « le nez regarde » pourrait-on dire à propos de celle de Rubens.

Comment attirer une femme chez soi ? La dernière qui est venue dans mon appartement s’est plainte d’une mauvaise odeur de vaisselle non faite. J’avais volontairement négligé l’état de mon évier afin de faire naître dans l’esprit de cette femme l’idée qu’elle pourrait m’être utile; je croyais de la sorte flatter l’orgueil féminin. Erreur. Toutefois, l’idée n’est pas mauvaise, elle me fut conseillée par un ami, de laisser traîner quelque odeur objectivement désagréable chez soi, dans une pièce bien choisie, de façon à provoquer un repli dans une autre pièce que vous aurez soigneusement aspergée de doux parfums et dont l’effet sera pour le coup merveilleux en opposition à l’expérience olfactive précédente.            



Luz Casal à l’Olympia: les ombres d’une déception

 

Le dernier album de Luz Casal, « La Pasion »*, reprend des boléros sud-américains d’autrefois: élégance, mélancolie, sensualité, désillusion. Du romantisme latino dans toute sa splendeur ténébreuse. Grand succès pour Luz Casal, dont la voix, un peu affaiblie par les effets d’une « longue maladie », s’est posée calmement, sans ostentation, sans nervosité, sur les mélodies ondoyantes et enveloppantes des boléros.

Un an après m’être initié aux danses latines, sans succès -car passé un certain âge les initiations deviennent des épreuves où le risque du ridicule est beaucoup plus élevé que celui de l’extase – j’ai accueilli l’album de Luz Casal comme il se doit: avec mélancolie, sensualité, désillusion. Cette musique venait me rappeler à mon destin de « latin looser », qu’il m’arrive d’oublier dans les velléités managériales de mon métier, où je dois soutenir la conversation avec de blonds vikings d’esprit conquérant.

Quand j’appris que Luz Casal donnait un concert à l’Olympia, un seul, je me précipitai pour acheter un billet. Le latin looser ne croit plus depuis longtemps à la gratuité des femmes, et s’il est bien une expression usurpée, c’est de dire qu’ »elles se donnent ». Trois mois s’écoulèrent. J’écoutais « La Pasion » en songeant que les plaintes et complaintes féminines qu’on peut y entendre ne sont pas imméritées. Mais qu’est-ce que le mérite ? A l’approche du concert mon esprit retrouvait un peu de cette objectivité sans laquelle il n’y a pas de jouissance esthétique (c’est du moins ce que dit Schopenhauer). Bien disposé donc à l’égard du sexe féminin je me rendis le coeur léger, la jambe alerte et le regard malicieux dans cette grande ville de Paris, si peuplée d’inconnus qu’elle offre tout de suite au visiteur le sentiment d’une impraticable curiosité.

La visite du petit musée Jacquemart-André qui exposait une trentaine de tableaux espagnols (de la fondation Pérez Simon) ne me rassura pas: voir saint Jérôme décharné le regard creusé par la faim et le doute n’est pas une image psychologiquement positive. Autour de moi, pourtant, un public débonnaire, souriant, anecdotique, parfumé. « Faut qu’on pense à appeler Jean-Philippe ce soir » se souvint brusquement une dame s’adressant à un homme, sans doute son mari, qui avait l’air de s’intéresser à la peinture, probablement pour fuir la réalité conjugale. Comme moi, il esquissa un sourire en lisant la description d’un tableau de Sorolla: « Jeunes garçons au bord de la mer sous la surveillance de prêtres. »

J’eus besoin de me reposer un peu dans un parc; sans cesse sollicité, notre esprit bien souvent réclame une bienveillance que nous ne savons pas lui donner; pourquoi nous étonner ensuite que cet esprit, quand nous avons besoin de lui, nous fasse faux bond ? Les trouvez-vous intelligents tous ces gens qui s’agitent sans arrêt et se font un orgueil de ne dormir que quatre heures par jour ? Epouvantables crétins dont la méchante disponibilité n’a d’égale que la fureur de leur bêtise communicative ! Je ne parle pas des insomniaques au sort desquels je compatis. Me prélassant une heure sur un banc, mais l’oeil attentif, je tentais de me donner un air espagnol, en toute discrétion, afin de me trouver dans les meilleures dispositions qui soient pour le concert.

Je fus l’un des premiers à entrer dans la salle de l’Olympia, guidé par une jolie bénévole qui me réclama une pièce (décidément !). Pourquoi arriver si tôt ? Eh bien, pour le plaisir d’attendre et de voir s’installer les autres, en espérant que cette belle femme, là, qui s’approche… Non, raté. C’est un couple très vulgaire qui vient s’asseoir près de moi; j’aperçois le visage de la fille, bof, très moyen, elle se détourne et s’avachit contre son mec, le bécotte à lui échauffer la peau, lui glisse une main entre les cuisses, titille les boutons de sa chemise, pousse des miaulements de chatte en chaleur, mais putain ! qu’elle lui ouvre la braguette et qu’on en finisse merde !  Derrière moi, une famille espagnole, très digne, très élégante; monsieur essaie de déplier les jambes, difficile, les fauteuils sont petits, l’espace étroit entre les rangées, il s’aperçoit qu’il a heurté le dos du mien, s’excuse, je lui adresse un sourire. Tout va bien.

20 h 31: les derniers spectateurs arrivent, le rideau se lève, la salle est brusquement plongée dans l’obscurité. « No sé exactamente que paso**… » Premières paroles chantées, frémissement, émotion, la voix de Luz tremble un peu. Elle se tient bien droite derrière son micro, toute vêtue de noir, dans une sorte de toge qui n’est pas d’un très bon effet sur sa peau bien blanche. Je la décrypte, habitué depuis mon adolescence à porter sur les femmes un regard « radioscopique », comme dirait Marcel Proust ( à moins que ce ne soit l’influence des films cryptés de Canal Plus…). Bon. J’inspecte aussi l’orchestre. La section des cuivres me paraît un peu légère, le trompettiste, surtout, me semble manquer de souffle, en tout cas de dynamisme, je ne le sens pas vraiment concerné par ce qui se passe. Luz salue le public, en français (effort inutile de sa part, elle ferait mieux de garder ses forces pour la seule musique), essaie de solliciter la salle, « hé les femmes vous êtes là ? cette chanson maintenant est pour vous ! » – Et nous les hommes on fait quoi ? on va boire une bière ?

21 h 45: Luz vient de chanter « Piensa en mi »*** (chanson que je chante tous les soirs depuis 1992, nous dit-elle… Eh bien si ça t’ennuie, Luz, ne la chante plus, c’est toi l’artiste, tu décides, non ?), et le public s’est levé. Pas moi. Je préfère les boléros, la nostalgie sud-américaine, la puissance d’évocation de ces vieilles chansons d’amour licencieuses… « Piensa en mi », oui, bon, d’accord, mais c’est devenu une sorte d’antienne de la movida almodovarisée, reprise par des foules aussi disciplinées qu’à l’époque du catholicisme officiel et obligatoire. Le changement n’est pas bien grand, d’ailleurs, les paroles de « Piensa en mi » ressemblent à s’y méprendre à celles d’un chant mystique d’adoration et de souffrance écrit par Thérèse d’Avila. Luz, quant à elle, croit le moment venu de s’éclipser un peu. Déjà ? Je commençais à peine à m’échauffer, à transformer mes réserves initiales en une bienveillance démocratique, trouvant même ma voisine tout à fait excusable de sa présence à mes côtés. Dix minutes d’attente, bien assez pour débander, hélas.

Luz revient en robe rouge, genre tailleur, qui lui donne un aspect de prof de français (je m’y connais); ce n’est guère artiste tout cela ! Comme n’est pas artiste non plus de s’adresser sans cesse au public. L’orchestre me parait de moins en moins concerné, le trompettiste va s’endormir, je le vois d’ici. De méchantes fumées, un vilain éclairage, criard et mal dosé, achèvent de plonger le spectacle dans une atmosphère de bas-fonds; mais si c’était ça, justement, l’atmosphère sud-américaine des années 30 ? ou même des années 50 ? Luz en effet, toute raide derrière son micro, jetant parfois ses bras en l’air, s’accroupissant à la fin des chansons, me fait penser à Edith Piaf par son manque total de glamour et de chic surfait. Il faudrait lui conseiller Arielle Dombasle !

Mais non, Luz, elle est trop chère. Moi, en revanche, je suis libre, et pas compliqué. Je te ferai la mise en scène et la chorégraphie, je peux même m’occuper de l’habillement.  Tu verras, ce sera formidable. Et le trompettiste n’aura qu’à bien se tenir.    

*: mon ordinateur ne me permet pas d’accentuer le o comme il faudrait le faire

**: même remarque 

***: même remarque mais cette fois sur le i

                                                              



à l’ombre des Lumières: André Morellet

 

     André Morellet est né en 1727 et mort en 1819. 92 ans, pour l’époque, c’était beau, on aurait pu le croire immortel le brave homme. D’ailleurs il l’était, membre de l’Académie française en 1785 puis de nouveau en 1803 lors de sa « restauration ». André Morellet,  »mords-les » comme dit Voltaire, esprit teigneux, accrocheur en tout cas, s’est occupé toute sa vie de choses pratiques, utiles selon lui, par exemple la liberté du commerce, les taxes douanières, la défense de la propriété. Pour ce faire il a beaucoup écrit, et un peu fréquenté les salons. 

Oui, il a rencontré Voltaire, à Ferney: « Il me reçut fort bien, et j’eus tout le loisir de le voir… ». Mais « je n’ai rien à dire d’un homme si connu ». Préférait-il Rousseau ?Non. Susceptible, ingrat, d’humeur mauvaise, Jean-Jacques n’est pas à la hauteur de ses belles rêveries. L’abbé Morellet surtout lui reproche son « Contrat social » qui par ses « doctrines funestes » et son « absurde système d’égalité » a nourri la Révolution.

Abbé, vous avez dit abbé ? En effet, c’est ainsi qu’André Morellet s’est élevé dans la société, étudiant la Bible, les Grecs, les Latins, puis les Français. Il se fait remarquer de Diderot, dangereux esprit, prend parti, va à la Bastille, devient célèbre, participe à l’Encyclopédie, traduit « La richesse des nations » de Smith, entre dans les salons, connait des faveurs (féminines ?), écrit à Turgot et à Necker. A la veille de la Révolution, la situation de l’abbé, 62 ans, est fort bonne, même s’il n’a pas atteint la gloire de l’utilité qui, à ses yeux, aurait consisté à conseiller le roi en personne, du moins le ministre des finances, sur les questions d’économie politique.

 La Révolution le met sur la touche, lucide l’abbé s’en va, puis revient à Paris aux heures terribles de 1792, quand la monarchie s’effondre et que se met en place la République sanguinaire. Discrétion et acte d’humilité. Le sens pratique de l’abbé: rester chez soi et relire ses classiques. Ecrire ? A la rigueur, mais surtout ne pas publier. La Terreur lui inspire un texte satirique: « Le préjugé vaincu ou nouveau moyen de subsistance pour la nation… »: « j’y propose aux patriotes, qui font une boucherie de leurs semblables, de manger la chair de leurs victimes, et dans la disette à laquelle ils ont réduit la France, de nourrir ceux qu’ils laissent vivre des corps de ceux qu’ils tuent. » Les Mémoires de Morellet, écrits après 1800, condamnent sans réserves tout ce qu’a fait et tout ce qu’a été la Révolution, tentative de revanche ratée des pauvres sur les riches, puisque les premiers n’ont rien gagné, et les seconds rien appris, rien oublié.

Mémoires inachevés (Morellet ne devait pas les considérer comme suffisamment utiles à ses yeux), on les trouve aujourd’hui en collection de poche au Mercure de France. C’est une lecture facile, parfois risible (l’abbé ne manque pas de dire beaucoup de bien de lui-même), d’un intérêt très limité pour l’historien, et très accessoire pour le littéraire.           



Présentation

 

Ce blog de « loisirs » invite au calme et à l’ombre. 

Réchauffement climatique ou pas, l’homme est une créature fragile.

Elle a besoin de protection, de clémence, de discrétion. L’internet peut lui en offrir…

Ce blog se fera en toute liberté et simplicité. Pas de vanité. De l’intimité.

Une intimité sérieuse et pudique, faite de lectures et d’observations.

Mais une intimité combative, contre les généralités trop polies ou bien-pensantes.           



Respiration-1 |
Qu'on se le lise! |
Un blog réservoir |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | respiration2
| respiration3
| Lirado